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L’économie sociale et solidaire une alternative à l’économie « capitaliste » ? Par Maurice Parodi

 

Il faut d’abord s’entendre sur le sens des mots qui constituent l’ossature du "discours" [1] des économistes orthodoxes (classiques et néoclassiques), hétérodoxes et marxistes. Et d'abord le mot "économie" qui peut désigner, dans le langage courant, les manifestations les plus tangibles de la "vie économique", telles que nous pouvons les appréhender dans notre environnement immédiat au travers des actes de la consommation (commerce, marchés locaux, produits importés, prix, pouvoir d'achat, etc.) ; au travers des manifestations de la production (industrie, agriculture, services [aux entreprises, aux ménages, services de proximité, entreprises – grandes ou petites, capitalistes, artisanales -], emploi, chômage, délocalisation, commerce, …) ; ou à travers les phénomènes de distribution (salaires, profits, rentes, …) et de redistribution des revenus (par les systèmes de sécurité sociale, d'action sociale [petite enfance, personnes âgées, handicapés, défavorisés, …] ou de la protection sociale en général) ; ou encore au travers des phénomènes bancaires, monétaires, financiers qui interfèrent inévitablement avec notre vie quotidienne (inflation, pouvoir d'achat, emprunt, prêt, taux d'intérêt, Bourse et même CAC 40, spéculation, crise financière, etc.). Mais dans la bouche des économistes et des experts, le mot "d'économie" et les mots associés vont prendre une saveur particulière perceptible par les seuls palais "éduqués". On est alors dans le langage codé et codifié des "sciences économiques", c'est-à-dire des représentations scientifiques et du discours propres à la discipline économique [2].

L’économie sociale entre informel et formel Paradoxes et innovations

Annie Dussuet et Jean-Marc Lauzanas (dir.). Presse universitaires de Rennes, 2007.

Le soutien de la Délégation interministérielle à l’économie sociale (DIES, devenue DIIESES) ne se limite pas à un aspect financier ou à une reconnaissance institutionnelle. Le programme de recherche que la délégation a lancé en 2004 a en effet permis la publication de nombreux travaux universitaires. Cet ouvrage collectif en témoigne.
Les contributions réunies dans ce livre portent sur sept domaines appliqués à un territoire, l’ouest de la France : le soutien et l’accompagnement à la création d’entreprise, la mise en place de réseaux territoriaux de l’économie sociale, les services aux familles, le tourisme associatif, la finance solidaire, l’environnement et le sport. 

Propos d’actualité et d’inactualité, 1887-1931

« Les oeuvres de Charles Gide », vol. XII. Comité pour l’édition des œuvres de Charles Gide. Paris, L’Harmattan, 2008.
 
Avec ce douzième volume s’achève cette remarquable édition des oeuvres de Charles Gide. Il est présenté par Marc Pénin, auteur d’une biographie de l’économiste parue en 1998 en introduction de cette édition dont il fut le maître d’oeuvre soutenu par André Chomel, ancien dirigeant du Crédit coopératif et président de la fondation de cette banque.

La première partie de l’ouvrage comprend des « miettes d’actualité ». Ce sont des textes courts publiés entre 1887 et 1927 dans les revues auxquelles l’auteur avait coutume de participer : la Revue d’économie politique, qu’il avait fondée, des revues de son engagement de chrétien réformé, Le Huguenot et Foi et Vie, des publications d’intérêt général comme La Semaine littéraire et surtout L’Emancipation. L’actualité de l’époque y rejoint la nôtre : le racisme à l’encontre des travailleurs d’origine étrangère, la place du machinisme et de la technique, les rapports avec la Chine, le sens d’un nouveau siècle qui commence, la diversification des formes d’énergie, les relations avec l’Allemagne, les grèves et les problèmes sociaux, les problèmes monétaires.

Leclerc, enquête sur un système

Frédéric Carluer-Lossouarn. Editions Bernard Gobin, 2008, Rennes.

Ecrit par Frédéric Carluer-Lossouarn, journaliste à Linéaires et spécialiste de la grande distribution, cet ouvrage est un éclairage sur une organisation à l’identité coopérative a priori plutôt discrète, le mouvement Leclerc. Si le titre et la quatrième de couverture pourraient apparaître comme racoleurs, il s’agit bien d’une véritable enquête journalistique, avec les qualités de précision et d’investigation que l’on est en droit d’attendre de ce type de travail.

L’ESS au Mexique: une alternative, sans hésitation !

Les commissions de promotion des coopératives et de l’économie sociale de l’Assemblée nationale mexicaine ont tenu leur deuxième congrès international les 18 et 19 mars à la Chambre des députés de Mexico. Plusieurs représentants de l’économie sociale européenne y étaient invités, comme la Confédération espagnole d’entreprises de l’économie sociale (Cepes) ou le Ceges. Alors qu’en France les différentes familles de l’ESS peinent à trouver les termes d’une parole commune et des terrains d’investissement partagés, pour les députés de cet Etat fédéral, les représentants des structures de l’ESS mexicaine et ceux du Mercosur (marché commun d’Amérique du Sud), la crise actuelle démontre l’impérieuse nécessité de l’économie sociale et solidaire.

Face à la crise, les coopératives ont des atouts à faire valoir !

Alors que l’ACI interpelle les chefs d’Etat réunis à Londres à l’occasion du G20, le Groupement national de la coopération (GNC) a lancé une grande campagne de communication à l’adresse du gouvernement, des parlementaires, des collectivités territoriales, des commissaires, des députés et des hauts fonctionnaires européens.

Taxis paris solidaires, une histoire coopérative du taxi parisien et du groupement Gescop

Laurent Lasne. Editions Le Tiers Livre, 2007, 312 pages.

Le taxi est, par excellence, un révélateur de l’évolution sociale, économique et technique de la société et des luttes sociales qui la traversent. Dans Taxis paris solidaires, Laurent Lasne nous propose de découvrir une histoire coopérative du taxi parisien en retraçant l’histoire de ce métier et surtout des hommes qui ont mené la course sur la chaussée souvent glissante (et pas seulement du fait du pavage en bois de l’avenue des Champs-Elysées dans les années 1880). C’est aussi l’histoire du rapport entre capital et travail, ainsi que celle de la participation. De l’ère de la traction hippomobile à celle du guidage par GPS, certains ont choisi de prendre « la route alternative de la coopération », comme le souligne Jean-François Morève, alors directeur de Gescop – la plus importante société coopérative française (Scop) en nombre d’associés –, dans son avant-propos. 

Les armuriers de l’Etat, du Grand Siècle à la globalisation (1665-1989)

Patrick Mortal. Lille, Presses universitairesdu Septentrion, 2007, 335 pages.

L’ouvrage de Patrick Mortal, issu d’une thèse de doctorat soutenue à l’université de Lille en 2004, évoque l’histoire d’un monde professionnel méconnu, celui des arsenaux de terre. Au coeur du système industrialo-militaire encadré par l’Etat, le groupe des ouvriers apparaît comme l’acteur principal d’une épopée qui commença dans les années 1660 pour s’achever en 1989.
Evoluant de statut en statut, sous la double responsabilité des entrepreneurs détenteurs d’un monopole de fabrication et des inspecteurs soucieux de l’intérêt public, ces ouvriers qualifiés et revendicatifs expérimentent précocement la notion de protection sociale liée à l’exercice d’une profession.

La microfinance en Afrique de l’Ouest : histoires et innovations

 A. Ouédraogo et D. Gentil (coord.). CIF-Karthala, Paris, 2008, 307 p.

Ce livre, fruit d’un long processus jalonné par plusieurs ateliers d’écriture, répond à une double ambition: conserver la mémoire institutionnelle de six réseaux mutualistes d’épargne et de crédit ouest-africains et renforcer la visibilité nationale et internationale d’expériences originales dans le domaine de la microfinance. L’initiative n’est pas anodine. D’une part, ces organisations sont souvent antérieures à la mode du microcrédit et, dans un secteur largement dominé par les acteurs financiers de la coopération internationale et leurs normes (best practices), il est rare d’entendre les praticiens du Sud. D’autre part, le mouvement coopératif regroupé au sein de la Confédération des institutions financières (CIF) compte 1,8 million de membres, 111 milliards de FCFA de dépôts et plus de 99 milliards de prêts, soit respectivement 38% du public, 42% des dépôts et 32% du crédit de la microfinance en Afrique de l’Ouest, ce qui peut apparaître comme un paradoxe face au dénigrement dont les coopératives et l’économie sociale font l’objet dans le secteur. Encore dépendant des subventions dans les années 90, le mouvement dégage un résultat net consolidé positif depuis 2002, même si certains réseaux ont traversé de graves crises qui ne sont pas occultées dans l’ouvrage.

Comprendre l’économie sociale, fondements et enjeux

Jean-François Draperi. Dunod, 2007, 244 p.
 
Le titre même de l’ouvrage de J.-F. Draperi traduit bien l’ambition et l’objectif qui animent l’auteur: faire entendre à ceux qui « clament » leur volonté d’« entreprendre ensemble » et « autrement » qu’il est nécessaire, avant tout, de « comprendre « les fondements (doctrinaux, techniques et praxéologiques) de l’économie sociale et, pour cela, de faire et refaire le voyage aux sources de « l’invention de l’économie sociale ». Il faut donc « entreprendre d’apprendre » (Desroche H., Entreprendre d’apprendre, d’une autobiographie raisonnée aux projets d’une recherche-action, apprentissage 3, Les Editions ouvrières, 1990) ou de réapprendre la vraie nature de l’économie sociale vécue par ses acteurs et de l’économie sociale conçue par ses auteurs.
La « leçon »  de J.-F.Draperi peut concerner divers publics ou auditoires. A l’évidence, elle s’adresse d’abord aux « dirigeants » présents et à venir des entreprises et des organisations de l’économie sociale et solidaire (OESS), trop souvent oublieux de leur patrimoine et des « spécificités méritoires » de leur modèle d’organisation entrepreneuriale et des pratiques sociales qui en découlent. Mais la leçon devrait aussi concerner les responsables politiques et les grands commis de la puissance publique qui attendent de cette économie sociale très « clamée » ou proclamée quelques réponses innovantes et pertinentes face aux enjeux économiques, sociaux et sociétaux de notre temps.