Les coopératives : quelles réalités ? Produire, commercer et consommer autrement

Magali Boespflug et Laëtitia Lethiellieux (dir.), Éditions et presses universitaires de Reims, 2019, 430 pages

Cet ouvrage collectif réunit les contributions présentées à un séminaire sur les coopérations marchandes à Paris en 2017. À partir d’une réflexion sur les coopératives de consommateurs et le renouveau de la coopération sous diverses formes, il cherche à éclairer leur différence avec « les politiques de RSE (Responsabilité sociale des entreprises) de l’entreprise libérale », explique Magali Boespflug dans son avant-propos. Il est construit en trois parties : historique, internationale et sectorielle.
La partie historique propose une rétrospective lointaine à travers certains corps intermédiaires en Limousin et l’évolution de la législation coopérative (Bernard Lacorre), la lignée des « réformateurs » de Owen à Fourier puis à Godin (Valérie Baroteaux), l’histoire de Coop Atlantique de 1881 à 2018 (Bruno Mazières et Magali Boespflug) et enfin une réflexion plus générale sur le sens de la coopération à travers « la réciprocité généralisée » (Jacques Fontanille).
La partie internationale s’intéresse à l’expérience de la Coop en Italie (Enrico Colla), à la prise en compte de la santé dans différentes coopératives, soit directement (pays du Nord), soit en prolongement d’activités agricoles ou bancaires (pays du Sud) (Jean-Pierre Girard), et à la coopération au Sénégal (Chantal Legouix et Fenda Gassama).
La troisième partie est consacrée à des études plus spécifiques sur des coopératives plus ou moins récentes : union de coopératives viti-vinicoles en Champagne (Pascale Lambert), reprise d’une entreprise industrielle en Scop (Hervé Charmettant et al.), vente en circuits courts (Marius Chevallier), commerce coopératif et associé (Fabrice Cassou et Marie-France Gauthier-Peiro, puis Alexandra Bouthelier, de la Fédération du commerce associé), pour finir avec l’expérience originale de la Scic étudiante B323, fondée dans le cadre d’un master à l’université de Poitiers.
En partie axé sur la coopération de distribution (de consommateurs et de commerçants), cet ouvrage au contenu divers, voire disparate, témoigne à la fois de la vitalité et de la dispersion du mouvement coopératif, malgré ses principes communs et ses références doctrinales fortes. L’approche gestionnaire, dominante parmi les disciplines sollicitées, montre néanmoins que la banalisation ou la disparition ne sont pas des fatalités et que la coopération peut inventer de nouveaux modèles organisationnels qui s’appuient non seulement sur un management performant mais aussi sur ses membres pour s’adapter auxnouveaux comportements de consommation.
Ainsi, Coop Atlantique a réussi – contrairement à la plupart des coopératives de consommateurs françaises – à survivre et à s’adapter à la concurrence exacerbée dans la distribution, certes par la concentration et par la sécurisation de sa filière d’approvisionnement après la disparition de la SGCC (Société générale des coopératives de consommateurs), mais aussi par un changement de gouvernance, l’information continue des membres en prenant le temps du débat et, enfin, un ambitieux plan de développement du sociétariat appuyé par de réels moyens humains. La Coop, quant à elle, est le groupe leader de la grande distribution en Italie avec 15 % du marché. Au-delà des avantages réglementaires et fiscaux qui lui ont laissé le temps de s’adapter à la distribution moderne, elle a su répondre aux nouvelles attentes des consommateurs (environnement, qualité de vie, santé), les solliciter également comme épargnants (par la souscription d’un « prêt social ») et imaginer un format d’hypermarché original et innovant.
Le commerce coopératif et associé, enfin, représente 30 % du commerce de détail en France. Il conjugue une forte verticalité intégratrice dans l’enseigne commune et une capacité d’adaptabilité locale. Si les incitations se multiplient pour les fidéliser, les commerçants maintiennent leur indépendance grâce à leur interdépendance et à la solidarité qui les unit malgré la concurrence.
L’inscription dans le temps long, la mobilisation d’un « capital patient » et la forte implication des membres parallèlement au renforcement du pouvoir gestionnaire font partie des facteurs de réussite. Dans une courte postface, Laëtitia Lethiellieux souligne donc la capacité de résistance des coopératives et le regain d’intérêt qu’elles suscitent, tout en regrettant leur faible médiatisation dans le grand public.

Danièle Demoustier