À Niort, le Forum national de l’ESS fait peau neuve et présente l’ESS au service des territoires

Du 6 au 8 novembre, la 5 e édition du Forum de l’ESS et de l’innovation sociale s’est tenue à Niort sous un format renouvelé. Le « salon », qui privilégiait la présentation des structures, s’est transformé en un forum principalement tourné vers les échanges et les débats pour éclairer la question : « En quoi l’ESS et l’innovation sociale sont-elles des outils au service des territoires et des réponses aux défis de la société ? »
Changement notable : la mise à disposition par l’agglomération niortaise de tentes et de locaux au cœur de la ville de Niort, où l’ESS représente 22 % des emplois, a rendu ce secteur beaucoup plus visible et accessible pour la population locale.
Autre nouveauté : construit sur un mode collaboratif, le forum a été préparé à partir d’un appel à projets national et 170 propositions ont été transmises par le réseau des Cress, des partenaires locaux et nationaux (Caisse d’épargne, Crédit coopératif, Banque des territoires, Biocoop, Maif, Macif, CNFPT, MNT, Chorum, RTES...) et divers acteurs. Plutôt que d’avoir un stand, ces partenaires financiers ont pu soutenir une demi-journée thématique, tout en expliquant leur choix à l’occasion de l’ouverture du forum. Ainsi, Biocoop ne s’est pas investie dans l’alimentation durable (transition écologique), comme on aurait pu s’y attendre, mais dans l’entrepreneuriat du fait d’un magasin ayant opté pour le statut de SCIC (au lieu de SCOP précédemment) en 2018 à Poitiers.
Durant les trois jours du forum, treize thématiques ont développé quatre approches principales : entrepreneuriat (émergence de projets), coopération territoriale, transition écologique (alimentation, économie circulaire, construction, écoféminisme) et transition numérique. La recherche a été abordée dans trois ateliers : jeunes chercheur·euse·s, enjeux de la recherche, recherche-action. De même, la reconnaissance du forum comme temps de formation par le CNFPT a permis une assez large participation d’élus et de techniciens des collectivités. Au-delà de la thématique « coopération territoriale », il leur a été proposé un parcours spécifique à travers divers modules pour découvrir l’ESS.

Débats, remises de prix, invités experts...
Si les formats étaient très divers (tables rondes, conférences, ateliers, rencontres apprenantes, speed meeting, pitch de projet) et les intitulés attractifs (« conférence inspirée », « les grandes oreilles », « débat mouvant »), quelques temps forts ont ponctué la manifestation. En premier lieu, cette édition du forum a été l’occasion du lancement de la Semaine étudiante de l’ESS. Ensuite, la conférence d’ouverture (« Le territoire, échelon pertinent pour le développement de l’ESS ? ») a fait dialoguer des représentants de points de vue divers (Haut Commissaire, UDES, RTES, CRESS IdF, chercheure) ; la conférence de clôture (« L’ESS, norme souhaitable de l’économie internationale de demain ») a réuni des invités au profil varié tels que le GSEF, un représentant de la Commission européenne et la Cress Hauts-de-France, venue présenter un projet avec la Belgique, la Fonda et le groupe Up. Enfin, le Conseil national des Cress a remis trois prix (utilité sociale, égalité femmes hommes et transition écologique) et le forum a constitué le lieu de l’ouverture officielle du mois de l’ESS (qui sera clôturé lors des Journées de l’économie autrement, à Dijon, les 29 et 30 novembre).
Ayant réuni 1 500 participants et une centaine de représentants de collectivités publiques, cette édition a été un réel succès, à la fois quantitatif et qualitatif.
Cependant, on peut exprimer quelques réflexions. D’abord sur le titre en forme de question de cette 5 e édition, qui, en reprenant l’intitulé « innovation sociale », à la mode, tend à mettre l’accent sur cette dernière indépendamment de l’ESS, alors que l’innovation est incluse dans l’ESS, laquelle englobe et dépasse cette notion pour répondre aux défis des territoires et de la société.
Puis la conférence d’ouverture s’est longuement étendue sur les questions de financement et de fiscalité plutôt que sur le lien entre ESS et territoires. Or ces approches financières paraissent très réductrices pour analyser la relation des acteurs aux politiques publiques. Chaque acteur semble réduit à jouer un rôle unique : l’État sur l’innovation sociale, l’entreprise à mission, les bons à impact social, etc., et les représentants de l’ESS sur la demande de maintien, voire de développement, des financements publics. N’aurait-il pas été plus intéressant de traduire la question de départ par : « Y a-t-il un nouveau rôle pour l’Etat alors que le territoire est devenu un échelon de l’ESS ? ».
Enfin, hormis la présence d’Hugues Vidor, de l’Udes, à la table ronde d’ouverture et deux conférences animées par l’Anact et la MNT autour de la souffrance au travail, la question du travail et de l’emploi était quasiment absente, alors que c’est un enjeu majeur de nos jours : quel emploi, quel sens du travail, quelles relations de travail, quelle précarisation, quelles alternatives à l’ubérisation grâce à l’ESS ? Finalement, même si les questions liées au travail ont été abordées partiellement dans d’autres modules, cette édition a montré l’avantage mais aussi les inconvénients d’un appel à projets qui n’est pas forcément propice à l’émergence d’une vision globale de l’ESS. On ne peut que souhaiter que la prochaine édition du forum intègre davantage ces préoccupations.

Danièle Demoustier