Colloque de l’Addes 24 janvier 2012: "La course à la taille"

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L'Addes (Association pour le développement de la documentation sur l'économie sociale) prépare son prochain colloque, prévu le 24 janvier 2012, sur le thème "La course à la taille Stratégies, processus et modalités de regroupement, de mutualisation et d’alliances des entreprises de l'Économie Sociale (Coopératives, mutuelles, associations, fondations". Elle lance une déclaration d'intérêt à renseigner avant le 15 mars 2011.

Le conseil scientifique de l’ADDES souhaite lors de ce colloque établir un état des lieux des connaissances et des problématiques abordées sur ces questions dans le champ de l’économie sociale et solidaire. A cette fin, il souhaite rassembler le maximum de travaux afin de favoriser leur diffusion, leur valorisation et d’ouvrir des échanges vers de nouveaux chantiers de recherche. 

On observe depuis plusieurs années un mouvement de concentration des grandes entreprises de l'économie sociale, donnant naissance à des entreprises encore plus grandes. Il peut s'agir de fusions ou d'acquisitions classiques, ou de modalités de regroupement plus spécifiques, mais le résultat est le même : la course à la taille, critique ou non, semble être devenue la règle.

Dans les banques et les mutuelles d'assurance, les exigences des normes internationales se sont conjuguées avec les pressions de la concurrence pour justifier cette évolution qui a conduit à diviser par deux le nombre de « majors ». Dans les mutuelles de santé, c'est la pression de la réglementation européenne qui a joué ce rôle, et le mouvement de concentration y a été encore plus rapide et plus prononcé. Dans les coopératives agro-alimentaires, c'est l'internationalisation totale des marchés qui a été le principal moteur. Aujourd'hui, le même processus semble être à l’œuvre chez les associations, de plus en plus sollicitées en ce sens par leurs financeurs publics et les mécanismes des appels d'offres et des appels à projets.

Cette évolution est-elle fatale ? Se poursuivra-t-elle, sur le modèle de ce qui s'est passé dans l'industrie automobile, par exemple ? Les entreprises de l'économie sociale, ainsi touchées par le gigantisme, pourront-elles maintenir, et sous quelles formes, leurs valeurs réelles ou affichées d'enracinement dans les territoires et de proximité avec leurs sociétaires ? Dans ce processus de recherche d’efficience, les entreprises de l’économie sociale et solidaire inventent-elles ou non des formes alternatives originales s’appuyant davantage sur leurs principes fondamentaux (coopération, mutualisations) ?

Il importe de ne pas refaire, concernant l'économie sociale, les erreurs d'analyse qui ont souvent été faites sur d'autres secteurs, et qui le sont encore. Tout d'abord, il est faux de dire et de laisser croire que la vocation naturelle d'une entreprise est de croître indéfiniment. Tout le monde a en tête l'image du « petit poisson deviendra grand », de l'innovateur de génie qui inventa l'ampoule électrique dans son minuscule atelier, ou le micro-ordinateur dans sa chambre d'étudiant, pour donner naissance à des groupes dont la capitalisation boursière dépasse le PIB de maints pays.

Car même si le modèle de l'alevin ayant la chance de survivre, de savoir manger les autres et d'éviter d'être mangé lui-même, devait s'appliquer aux entreprises, chaque alevin qui sort de son œuf n'a qu'une chance sur plusieurs milliers, voire encore bien moins, d'y parvenir. Il faudrait aussi penser aux autres. Mais en plus ce modèle est absurde. D'une part, la très grande majorité des TPE qui naissent sont destinées à rester des TPE. D'autre part, beaucoup de grandes entreprises sont nées déjà grandes, voire très grandes notamment lorsqu'elles sont issues de la volonté des États. Enfin, on ne peut à la fois se féliciter de disposer de grands groupes et regretter de ne pas avoir autant de PME que le voisin. Car on ne pourra jamais faire que la somme des pourcentages dépasse 100%, et on ne peut à la fois avoir beaucoup de grandes, beaucoup de moyennes et beaucoup de petites.

Ces pièges étant évités, il importe de voir, dans le tourbillon général où petits et grands se côtoient, s'absorbent et pour certains meurent et sont dépecés mais où s’inventent également de nouvelles formes de coopérations, de mutualisations ou d’alliances, ce qui est ou non spécifique de l'économie sociale.

1 – La présence de l’économie sociale dans la dynamique de nouveaux marchés

Les projets portés par les entreprises de l’économie sociale s'accordent souvent avec une taille modeste des firmes, adaptée à leurs objectifs et au territoire où elles prennent forme. Lorsque ces entreprises se lancent dans des projets plus ambitieux, surtout si les pouvoirs publics les incitent à étendre leur activité, elles sont conduites à opérer des rapprochements ou des changements de dimension. Il peut s'agir de marchés déjà existants ; mais il arrive aussi que l'économie sociale « invente » de nouvelles activités ou de nouveaux métiers en même temps qu’elle fait émerger une demande sociale de biens ou services individuels ou collectifs qui n’existaient pas.

Ce faisant, ces entreprises contribuent à l’émergence de secteurs d’activité où leur expérience réduit les incertitudes et où leur action favorise la solvabilisation de la demande du service ou du bien produit. Elles y sont alors rejointes par des initiatives des secteurs public ou privé lucratif qui accélèrent le développement de véritables marchés concurrentiels.

Dès lors, la course à la taille doit se poursuivre, pour faire face à cette nouvelle concurrence.

Si les entreprises de l’économie sociale ont des atouts particuliers pour répondre à ces nouvelles exigences, elles vivent, comme les entreprises capitalistes ou publiques, l’impact de ces mutations et chacune d’entre elles doit réagir aux évolutions spécifiques à l’œuvre dans son propre secteur.

2 – Les pressions de l'environnement économique et réglementaire

Ce phénomène a été observé dans le champ des associations plus récemment que dans les autres familles de l'économie sociale. La crise économique, la concurrence interne (entre associations) et externe (avec le secteur privé lucratif), le contexte de raréfaction des ressources publiques sont autant de facteurs qui ont accéléré les mouvements de rapprochement entre associations, que ceux-ci soient fortement suggérés voire imposés par la puissance publiques ou qu’ils résultent de choix faits par les associations elles-mêmes pour répondre, parfois dans l’urgence, aux changements intervenus. Les associations apparaissent réticentes à ces rapprochements, faisant souvent valoir les inconvénients multiples qui en résultent, mais dans les faits, regroupements et fusions se développent, souvent en présence de grandes difficultés qui pourraient les mettre en péril.

***

Il existe peu de travaux qui portent sur la question des rapprochements des entreprises dans le champ de l’économie sociale et pourtant ces questions sont au centre de discours de plus en plus nombreux. Dans sa mission d’observation, l’ADDES doit rendre compte d’un monde à la fois diversifié et ouvert, d’un monde vivant, qui, tout en essayant de rester fidèle à ses valeurs, ne peut se reproduire à l’identique.

Notre dernier colloque a proposé un axe de recherche visant à identifier des déplacements de frontières de l’économie sociale. Le conseil scientifique de l’ADDES propose d’ouvrir un axe complémentaire lors de son 24e colloque qui aura lieu à Paris le 24 janvier 2012 pour explorer une double problématique :

• dans quelle mesure le contexte de concurrence généralisée et les effets de la crise actuelle obligent une grande part des coopératives, des mutuelles, des associations à redéployer leurs activités à l’échelle de groupes diversifiés ou sous de multiples formes ?

• Quelles conditions, avec quelles modalités et quelles stratégies sont-elles en capacité de limiter les phénomènes d’isomorphisme et ainsi d’augmenter les chances d’un maintien de leurs finalités et d’une diffusion de leurs principes d’action ?

Au-delà des fédérations

Lors de ce colloque, il ne s’agira pas d’analyser les grands réseaux fédératifs construits par les membres des diverses familles de l’économie sociale mais bien de se centrer sur l’analyse des rapprochements de ces entreprises dans la réalisation de leurs activités productives. Ces rapprochements peuvent prendre des formes diverses : des groupements ou de la mutualisation de moyens à des phénomènes de fusion d’entreprises. La fusion absorption fait disparaître l’un des opérateurs mais la restructuration peut aussi passer par la constitution de nouvelles entités (GCSMS, GEIQ, groupe bancaire ou mutualiste) ou encore par la création ou l’acquisition de filiales. Dans d’autres cas, on mutualise seulement certaines fonctions critiques par des partenariats ad hoc. Dans ces processus, de la créativité au sein ou en dehors de l’économie sociale peut se manifester.

Il est intéressant de noter que les enquêtes auprès des associations montrent qu’un cinquième de celles qui sont en activité résultent de phénomènes de rapprochement d’associations. L’impact statistique de ces reconfigurations du paysage de l’ESS est double puisqu’il mêle souvent création et disparition d’entités juridiques.

Si elle reste centrale, la référence au statut juridique, qui conditionne forme d’organisation et finalités de l’entreprise, ne peut être unique. Sans en avoir explicitement le statut, des entreprises se rapprochent de l’ESS ou poursuivent des objectifs très proches et selon des finalités voisines. Apparaissent alors des partenariats « hors ESS », des convergences d’objectifs, un remodelage à venir du secteur.

Les stratégies de croissance, de déspécialisation et d’alliances

Au sein même de l’ESS, les frontières traditionnelles bougent. On peut observer une déspécialisation de certaines entreprises d’économie sociale par rapport à leurs adhérents «historiques», par exemple dans le cas de regroupements, rapides et nombreux, de mutuelles de santé. On observe également, sous une autre forme, une diversification de leur clientèle par les mutuelles d’assurance. La généralisation de la concurrence estompe de même les frontières entre familles de l’ESS faisant disparaître des spécialisations anciennes. Les formes de « bancassurance » ont pénétré l’ESS, modifiant les délimitations d’activité entre banques coopératives et mutuelles d’assurance. Les enjeux de concurrence mondiale appellent aussi des réponses adaptées de l’ensemble du secteur coopératif de la filière agroalimentaire. Il arrive aussi que des entreprises capitalistes soient absorbées par des coopératives et que leurs clients deviennent adhérents.

Ces combinaisons nouvelles d’entreprises d’ESS et d’entreprises classiques, dans le cadre de groupes formalisés ou au sein d’alliances particulières, peuvent-elles être stables ? Quels équilibres se réalisent-ils entre logiques de sociétariat de l’ESS (gouvernance démocratique, lucrativité réduite ou absente) et logiques d’actionnariat qui, si elles sont nécessaires, doivent être aussi respectées en termes de rentabilité minimum et de conduite du risque ? Quelles convergences sont possibles pour ce qui est du respect du bien commun environnemental et sociétal ? Quelles innovations organisationnelles sont alors développées dans ces processus de regroupement par les entreprises de l’économie sociale ?