L’ESS au Mexique: une alternative, sans hésitation !

Les commissions de promotion des coopératives et de l’économie sociale de l’Assemblée nationale mexicaine ont tenu leur deuxième congrès international les 18 et 19 mars à la Chambre des députés de Mexico. Plusieurs représentants de l’économie sociale européenne y étaient invités, comme la Confédération espagnole d’entreprises de l’économie sociale (Cepes) ou le Ceges. Alors qu’en France les différentes familles de l’ESS peinent à trouver les termes d’une parole commune et des terrains d’investissement partagés, pour les députés de cet Etat fédéral, les représentants des structures de l’ESS mexicaine et ceux du Mercosur (marché commun d’Amérique du Sud), la crise actuelle démontre l’impérieuse nécessité de l’économie sociale et solidaire.

 
« Réponse à la crise : économie sociale et solidaire »
Tel était en effet l’intitulé très affirmatif de cette conférence internationale. Avec les organisations sans but lucratif (fondations, associations et autres institutions fondées sur le volontariat et interdisant le partage des bénéfices), les coopératives, les mutuelles et les « entreprises sociales » constituent le très important « tiers secteur » de ce pays en plein développement. Si ces dernières structures d’« économie sociale » sont bien mentionnées dans l’article 25 de la Constitution, celui-ci n’a pas donné lieu à un cadre législatif spécifique. Il s’agissait ainsi de faire le point sur l’avancement d’un projet de loi générale de l’économie sociale et solidaire au Mexique déposé au Parlement depuis plus d’un an. « Les acteurs mexicains de l’ESS s’entendent pour faire reconnaître un droit qui leur soit propre », résume Marie- Hélène Gillig, déléguée générale du Ceges, « très intéressée de constater que la problématique de la sécurisation juridique de nos structures se pose partout en des termes proches, même si les natures de ces organisations peuvent être différentes ».
Transformer les richesses
La comparaison des contextes français et mexicain appellerait de longs développements (ancienneté d’un welfare state centralisé et paritarisme, d’une part, Etat fédéral avec le poids culturel, social et économique de l’héritage colonial, d’autre part). Les réalisations économiques présentées lors de ces journées peuvent paraître aussi impressionnantes que singulières pour le public français, qu’il s’agisse de la Banque populaire du Costa Rica, véritable banque solidaire et alternative d’envergure nationale, de la diversité et de la densité du tissu économique communautaire d’une coopérative agricole comme celle de Tosepan Titataniske ou encore de l’ampleur des réalisations sociales (mutualité, enseignement…) d’une coopérative cimentière comme la Cruz Azul. Mais cette volonté partagée par nombre d’acteurs économiques et d’élus politiques de transformer la richesse produite au sein de l’entreprise en créant de vastes institutions sociales interpelle forcément de ce côté-ci de l’Atlantique, où l’on parle plus volontiers de « redistribution », sous-entendu « individuelle ».
 
Jordane Legleye