Coopérative, une entreprise socialement responsable? Par Pierre Liret

Depuis le déclenchement de la crise financière de 2008 et de la crise économique qui s’en est suivie, le modèle coopératif suscite un nouvel intérêt des pouvoirs publics, des décideurs et de l’opinion. Orienté sur le service aux membres et non sur la rémunération du capital, ancré territorialement, ce modèle apparaît comme un garde-fou aux excès du capitalisme financier et porteur de bien des vertus. Elle est même souvent présentée, y compris par ses propres ambassadeurs, comme l’entreprise du développement durable et à tout le moins, une forme d’entreprise socialement responsable et qui s’inscrit plus naturellement dans les normes de la RSE (indifféremment libellé responsabilité sociale des entreprises ou responsabilité sociale et environnementale ou encore responsabilité sociétale des entreprises).

Dans quelle mesure peut-on ou pas dans les faits considérer la coopérative comme une forme d’entreprise responsable au plan économique, social et environnemental ? Il faut pour cela préalablement préciser ce qu’est une entreprise socialement responsable et ce que recouvre concrètement cette notion. Selon la norme ISO 26000, qui fait référence au plan international depuis sa publication en novembre 2010, la RSE est la « responsabilité d’une organisation vis-à-vis des impacts de ses décisions et activités sur la société et sur l’environnement se traduisant par un comportement éthique et transparent qui contribue au développement durable, à la santé et au bien-être de la société, prend en compte les attentes des parties prenantes, respecte les lois en vigueur et qui est en accord avec les normes internationales de comportement, est intégré dans l’ensemble de l’organisation et mis en œuvre dans ses relations ».

Autrement dit, une entreprise socialement responsable est une entreprise qui s’interroge sur ses pratiques à l’égard de toutes les parties prenantes avec lesquelles elle travaille et développe des pratiques toujours plus responsables à leur égard. Ces parties prenantes sont les clients, les actionnaires, les salariés, les fournisseurs (et autres partenaires), le territoire (communauté locale, bassin d’emploi), la société dans son ensemble et l’environnement au sens de l’environnement naturel, dont les intérêts sont principalement portés par des ONG avec des pouvoirs publics pour en assurer le respect. Observons que cette préoccupation de l’environnement est relativement récente : le développement durable a été défini pour la première fois dans le rapport Bruntland en 1987 et le premier sommet international de l’environnement s’est tenu à Rio au Brésil en 1992. Avant cette date, tous les questionnements portaient exclusivement sur la capacité à concilier performance économique et respect social, et tout particulièrement envers les salariés. La prise en compte de l’environnement, mais aussi des autres parties prenantes est une notion bien plus récente.

Avant de se pencher plus avant sur le cas des coopératives, il faut aussi s’interroger sur la manière dont on peut mesurer la responsabilité sociale : quand peut-on dire et sur quels critères peut-on dire qu’une entreprise est socialement responsable ? Au plan national, il existe en France différentes normes de qualité (Iso 9001, Iso 14000…) ou des lois comme la loi NRE de 2001 édictant pour les grandes entreprises des normes de comportement à l’égard des actionnaires et de la gouvernance. Mais ces normes ou lois sont partielles et ne couvrent qu’une petite partie des domaines de la RSE. Il existe aussi des référentiels internationaux, mais qui, compte tenu de leur échelle géographique, ne sont – et ne peuvent être - qu’indicatifs et pas normatifs. C’est le cas de la norme Iso 26000, la plus récente d’entre elles et qui constitue désormais la référence essentielle en matière de RSE.

Publiée depuis le 1er novembre 2010, la norme Iso 26000 résulte de l’initiative de plusieurs associations de consommateurs de différents pays. 42 organisations incluant l’Organisation internationale du travail (OIT), les Nations Unies, le Global Compact, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ont travaillé à l’élaboration de la norme. 99 pays y ont participé, avec un attachement à assurer un équilibre entre les pays développés et les pays en voie de développement (PVD). Dans sa conception, la norme Iso 26000 vise principalement et en priorité les grandes entreprises présentes au plan international et dont les produits et services s’adressent au consommateur final. D’où la présence parmi les sept questions centrales posées par la norme Iso 26000 de la responsabilité à l’égard du consommateur et du respect des Droits de l’Homme.

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Complément au texte de Pierre Liret publié dans le numéro 325 de la Recma