Transition écologique et Scic : une université éphémère à Grasse

« Les Scic comme véhicules des coopérations territoriales pour la transition écologique » : c’est sous cet intitulé que s’est déroulée à Grasse, les 1 er et 2 avril 2019, une université éphémère (UE) qui a rassemblé plus de 70 praticiennes et chercheur·ses dans les murs du tiers-lieu de la transition écologique et solidaire animé par la Scic Tetris.
Les Scic, comme toutes les coopératives, peuvent être des espaces de débats démocratiques et d’expérimentations sur les formes de production et de travail. Mais la spécificité de leur statut, imposant le multi-sociétariat, leur permet aussi d’être des espaces publics de proximité, où le débat sur des questions dépassant la recherche de l’intérêt mutuel pour aller vers l’intérêt général est possible par la confrontation des points de vue et intérêts de plusieurs catégories de sociétaires (entreprises, associations, bénéficiaires, collectivités locales, habitants, etc.). Pour autant, cette possibilité offerte par le statut de Scic ne débouche pas systématiquement sur des expérimentations démocratiques vers la transition écologique.
L’enjeu de cette rencontre était donc, en associant divers publics, de confronter les pratiques et de discuter les conditions de possibilité d’espace démocratique (en termes de contexte institutionnel, de gouvernance, d’organisation du travail et de la production) afin que les Scic puissent s’engager dans la transition. Au-delà, cette université a permis de s’interroger sur les liens entre agir individuel et agir collectif dans le cadre des coopérations économiques territoriales.

S’engager dans la transition écologique
La matinée du 1er avril proposait aux participants de partir à la découverte de l’approche systémique et complexe de la transition écologique structurant les activités de la Scic Tetris, au travers d’une lecture de ses activités par le prisme des objectifs de développement durable de l’ONU. Cette exploration, venant compléter les expériences des participants, a ensuite été mobilisée pour générer des échanges sur les dynamiques de coopération territoriale et les formes d’organisation du travail orientées vers la transition écologique.
Choisissant entre un format de focus-groupe et un format d’éducation populaire, les participants ont ainsi échangé sur la place respective de la responsabilité et de l’engagement collectif et individuel dans la transition écologique et solidaire. La problématique des liens à nouer entre les dynamiques de coopération territoriale, la société civile (engagement citoyen) et les pouvoirs publics pour faciliter la transition a débouché sur une réflexion collective sur la difficulté à conserver une dimension politique et sociale dans les dynamiques économiques territoriales.
Ce sont finalement de très nombreux questionnements qui ont pu être formulés par la confrontation des expériences et des connaissances : une approche par les besoins plutôt que par la demande permettrait-elle de mieux penser les dynamiques de coopération territoriale en lien avec la transition ? Existe-t-il des prérequis incontournables à la coopération pour la mise en œuvre de la transition écologique ? L’urgence écologique actuelle est-elle défavorable à la coopération ? Quelles doivent être les libertés individuelles et collectives dans le cadre du travail pour qu’une Scic contribue mieux à la transition ? Comment concilier les temporalités ? Les tiers-lieux sont-ils un facteur favorisant les coopérations territoriales orientées vers la transition ? L’organisation éphémère n’est-elle pas finalement plus efficace ?
Certains de ces questionnements, enrichis par les retours proposés lors de la soirée par les trois grands témoins (Nadine Richez-Battesti, du Lest, Ludovic Kibora, du CNRST du Burkina Faso, et Sylvain Baudet, de la Banque des territoires), ont été explorés plus en profondeur au cours de la troisième demi-journée. Mais force est de constater que la richesse de cette université éphémère s’est également construite lors des temps informels, des repas partagés et des vaisselles participatives, preuve, s’il en était besoin, que la convivialité est un ingrédient essentiel de l’efficacité des coopérations !

Une recherche-action en trois volets
Cette université d’été constituait le deuxième volet d’une trilogie inscrite dans le cadre du programme de recherche Cit’in, « Expérimentations démocratiques pour la transition écologique », porté par le groupement d’intérêt scientifique Démocratie et Participation. Dans ce cadre, plusieurs structures et laboratoires de recherche (Manucoop, la Scic Tetris, la Scic Maison d’économie solidaire, le Ladyss,  le Gredeg et l’Institut Godin) se sont associés. Le constat de départ motivant cette recherche-action était que la citoyenneté économique, dans la réflexion sur la transition écologique et solidaire, est essentiellement abordée sous l’angle de la consommation responsable, alors que la réflexion sur les modes de travail, les formes d’entreprendre et de coopération et, plus largement, les modes d’organisation de la production est trop souventmanquante, aussi bien dans les initiatives que dans les recherches menées sur le sujet.
La première UE, organisée par le Ladyss et Manucoop à La Maison des sciences de l’homme de Paris-Nord en novembre 2018, a permis d’analyser les liens entre les modèles économiques du travail autonome et la transition écologique, en partant des expériences au sein des coopératives d’activités et d’emploi.
Elle a mis au centre de ses préoccupations les tensions qui s’expriment dans la montée du travail indépendant.
La troisième UE, organisée par le pôle territorial de coopération économique Émergence Beauvaisis et l’Institut Godin à Beauvais les 4 et 5 novembre 2019, portera sur les coopérations territoriales et sur les liens entre innovation sociale et citoyenneté économique, car les dynamiques de coopération changent alors en partie d’échelle et supposent d’interroger les liens qui se développent entre structures. Il nous reste donc à continuer le chemin lors de la 3 e UE, à Beauvais les 5 et 6 novembre.

Toutes les informations seront disponibles auprès de l’Institut Godin.

Geneviève Fontaine, Nicolas Chochoy et Thomas Lamarche