Les réseaux de recherche spécialisés sur l’ESS se rencontrent à Paris, à l’initiative de l’Addes

Les réseaux de recherche en ESS sont aujourd’hui nombreux, tant en France que dans le monde. Certains sont anciens et bien connus, tels le Ciriec, Emes ou le Riuess. D’autres sont plus récents ou plus confidentiels, comme Gestion des entreprises sociales et solidaires (GESS), l’Institut Polanyi ou la Manufacture coopérative. Cette dynamique reflète le processus d’expansion et d’institutionnalisation de l’ESS dans un nombre croissant de pays : au cours des vingt dernières années, le nombre de ces associations de chercheurs a augmenté et les disciplines représentées se sont étoffées en fonction des évolutions générales des domaines académiques de recherche.
Dans ce contexte, la rencontre organisée par l’Addes le 18 juin 2019 à l’IAE de Paris avec le soutien technique de l’IRG-Upem visait tout d’abord à améliorer l’interconnaissance entre les principaux réseaux, à rendre compte de la richesse et de la diversité des recherches menées en ESS, mais aussi à réfléchir collectivement aux problématiques partagées et aux possibles synergies. En effet, on constate que les contraintes financières, temporelles et de valorisation affectant le développement de la recherche les placent devant de nouvelles problématiques. Tout d’abord, bien qu’en structuration croissante, la recherche en ESS n’est pas encore correctement identifiée et soutenue par les instances nationales telles que l’Agence nationale de la recherche (ANR).
Ensuite, les contraintes nouvelles qui pèsent sur la recherche en général interrogent de fait la capacité de ces réseaux à maintenir leur activité et leur existence dans les années à venir, tout comme à produire un niveau de connaissances en adéquation avec les standards internationaux. C’est plus particulièrement le cas pour les réseaux nationaux.

Mener une réflexion stratégique commune
Il s’agissait donc d’engager une réflexion stratégique pouvant mener à une meilleure reconnaissance de l’ESS dans le monde académique, tant du point de vue des produits de recherche (articles, revues, livres, conférences, etc.) que des moyens financiers et humains consacrés à ce domaine, notamment par la création de postes d’enseignants-chercheurs. Les principaux réseaux – nationaux et internationaux – de recherche en ESS avaient été conviés à cette rencontre, ainsi que des structures thématiques telles que l’Association française de sociologie, l’Association française d’économie politique ou Egos, pour lesquelles l’ESS est un objet d’étude parmi d’autres. Quelques organisations professionnelles de l’ESS avaient également été associées à cette rencontre en raison de leurs liens soutenus avec la recherche : l’observatoire du CN Cress, la Fondation Crédit coopératif, la Fondation Croix-Rouge, le Forum mondial de l’économie Sociale (GSEF), l’Observatoire de la philanthropie de la Fondation de France et l’Institut du Monde associatif.
La journée a été introduite par Jérôme Saddier (ESS France), qui a souligné l’enjeu de visibilité, de reconnaissance et de légitimation du champ de recherche dédié à l’ESS. Puis elle s’est déroulée en trois temps. Le premier, animé par Valérie Billaudeau (université d’Angers) et Éric Bidet (Le Mans Université), a permis à chaque réseau invité de se présenter en mettant en avant sa trajectoire et ses spécificités. Le deuxième, introduit par une note de réflexion rédigée par Danièle Demoustier et co-animé par Henri Nogues, était plus particulièrement consacré aux questions liées aux enjeux scientifiques et sociétaux : les évolutions de la définition de l’ESS et leurs conséquences sur les périmètres étudiés, le développement des approches gestionnaires, l’enjeu et la difficulté des analyses interdisciplinaires et de la comparaison internationale sur un champ très différent d’un pays à l’autre, le besoin de renforcer la connaissance en dépassant les seules études de cas et monographies, l’importance de l’accès aux données et les relations avec les pratiques d’ESS – essentielles mais souvent chronophages – et enfin la reconnaissance et la valorisation de la recherche en France (revues, ANR, CNRS, etc.) et dans le monde.
Enfin, le troisième temps, animé par Nadine Richez-Battesti (université d’Aix-Marseille) et Philippe Eynaud (IAE Paris), était plus spécifiquement tourné vers les questions liées aux enjeux organisationnels et partenariaux, notamment les problématiques de financement, de visibilité, de participation à l’échelle internationale et de relève (doctorants), les relations avec des partenaires tels que des fondations, la mutualisation et les collaborations entre réseaux, le rôle des chaires ESS, les attentes des organisations vis-à-vis de la recherche, etc.

Poursuivre le dialogue à Valence
Jérôme Saddier, en tant que président d’ESS France, et Hugues Sibille, en tant que président de la Fondation Crédit coopératif, ont pu rappeler l’importance que revêt la recherche en ESS pour les organisations du secteur, et la nécessité de maintenir et d’encourager un dialogue et des partenariats entre praticiens et chercheurs.
In fine, cette journée a permis de rassembler une vingtaine de réseaux de recherche, ce qui constitue une première, et les participants ont pu souligner l’intérêt que représente l’initiative de l’Addes à leurs yeux. Le répertoire des réseaux de recherche élaboré pour préparer cette rencontre et la vidéo réalisée à cette occasion par l’équipe audiovisuelle de l’université Paris-Est sont disponibles sur le site de l’addes (asso.addes.fr). Le souhait des organisateurs était que le dialogue se poursuive dans le cadre de futures rencontres. C’est chose faite : un rendez-vous est fixé les 12 et 13 décembre 2019 à l’occasion du colloque Gestion des entreprises sociales et solidaires (Gess), qui se tiendra à l’IUT de Valence.

Éric Bidet et Nadine Richez-Battesti