La MGEN conquérante

Il est révolu le temps où chaque mutuelle de fonctionnaires se cantonnait à recruter des adhérents dans son vivier. La cohérence professionnelle était alors une marque identitaire forte de la mutuelle, qui était, de ce fait, facilement repérable dans le paysage de la protection sociale. Bien loin également le temps où un « pacte de non-agression » inscrit dans le code de la Mutualité pour empêcher la concurrence interne garantissait l’existence d’un front mutualiste uni et solidaire contre un monde assurantiel où le cannibalisme était de mise. Or la MGEN, mutuelle historique de l’Éducation nationale et bastion des valeurs mutualistes, a lancé en juillet dernier une offre individuelle destinée à la fonction publique hospitalière, dont les personnels sont majoritairement couverts en complémentaire santé par la Mutuelle nationale des hospitaliers (MNH), fondée en 1960. Le groupe MGEN invoque une « proximité avec les personnels soignants » liée à l’ancienneté et à la diversité des établissements de soins gérés par la MGEN. L’argument d’une promesse de rentabilité par une diversification du sociétariat est pudiquement éludé.
Si la plupart des structures historiques de l’économie sociale ont été fondées dans une logique d’auto-organisation solidaire par ceux-là mêmes qui les ont ensuite gérées et en ont bénéficié, la recherche de diversification qui traverse actuellement le monde mutualiste ne risque-t-elle pas d’être interprétée comme une pure démarche commerciale ?
Reste que la MGEN devra sans doute bientôt changer d’acronyme.