6e Prix de la recherche coopérative : les lauréats du concours organisé par le Crédit Mutuel et la Recma

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Stimuler la recherche en économie sociale en récompensant les travaux de Master portant sur les entreprises coopératives constitue depuis 2009 l’objectif du Prix de la Recherche coopérative organisé par le Crédit Mutuel en partenariat avec la Recma. M. Etienne Pflimlin, président d’honneur du Crédit Mutuel, a remis les trois prix de cette 6e édition le 23 janvier 2015.

Télécharger le communiqué de presse

Lauréat du 1er prix : 

Sylvain Celle pour son mémoire d'histoire : "L’esprit coopératif dans l’entre-deux-guerres. Les registres de justification du mouvement coopératif dans les transformations idéologiques du capitalisme français (1919-1939)."

Lauréat du 2e prix :

Sophie Laughrea pour son mémoire : "Émergence et viabilité des collectifs de producteurs en circuits de proximité"

Lauréat du 3e prix :

Noémie Ménard pour son mémoire : "Coopération internationale et développement d'une autre économie : quels apports de l'Économie Sociale et Solidaire (ESS) ? Analyse des pratiques d'acteurs et du projet porté par l'association Minga."

Résumés:

Mémoire de Sylvain Celle :

La crise du capitalisme néolibéral depuis quelques années a renforcé l’engouement d’une partie de la société française pour l’économie sociale et solidaire (ESS), et plus particulièrement pour le modèle coopératif. Cette situation n’est pas sans rappeler une autre période souvent méconnue dans l’histoire du mouvement coopératif français : l’entre-deux-guerres (1919-1939). Au-delà des analogies que nous pouvons dresser avec la crise des années 1930, une mise en perspective historique du mouvement coopératif peut nous permettre de lever certaines ambiguïtés liées au développement contemporain de l’économie sociale et solidaire.

Situant notre recherche dans les convergences épistémologiques entre la théorie de la régulation et l’économie des conventions (Bessis, 2008), nous proposons une analyse institutionnaliste des registres de justification du mouvement coopératif dans les reconfigurations idéologiques du capitalisme français de l’entre-deux-guerres (1919-1939). Notre recherche porte plus particulièrement sur les écrits coopératifs d’une génération d’auteurs de cette période : Hyacinthe Dubreuil, George Fauquet, Bernard Lavergne, Marcel Mauss et Ernest Poisson.

En première partie de ce mémoire, nous dressons un aperçu assez général des évolutions du mouvement coopératif et du capitalisme français durant l’entre-deux-guerres. Dans la deuxième partie, nous analysons les tensions entre les justifications coopératives et l’émergence du néo-libéralisme dans les écrits de Lavergne et Dubreuil. Enfin, la troisième partie est consacrée à la place du mouvement coopératif dans les transformations de l’idéologie socialiste autour des écrits de Poisson, Fauquet et Mauss.

La première partie permet de dresser les principaux traits caractéristiques des évolutions du mouvement coopératif dans le développement puis la crise du capitalisme français au cours de l’entre-deux-guerres. L’essor du mouvement coopératif – notamment de consommation – dans les années 1920 puis sa stagnation dans les années 1930 sont intimement liés au régime de croissance économique qui s’installe dans les années d’après-guerre et qui va entrer en crise après 1929. Dans les années 1920, le nombre d’adhérents des coopératives de consommation explose – elles représentent un moyen de lutter contre la « vie chère », et les coopératives de production sont largement soutenues par les pouvoirs publics. Pour autant, le régime d’accumulation intensive sans consommation de masse qui s’est développé depuis la fin du XIXe siècle est fondamentalement instable et va rentrer en crise au début des années 1930 – il faudra attendre le « compromis fordiste » et la société de consommation des trente glorieuses pour que le régime d’accumulation se stabilise. La démocratie à l’oeuvre dans les coopératives apparait aussi comme un modèle à suivre dans les entreprises face au développement du « travail en miettes ». Sur un plan politique plus large, les principes coopératifs sont aussi présenter comme un moyen de renouveler la démocratie parlementaire d’une Troisième République de plus en plus remise en cause. Mais après l’essor coopératif dans les années d’après-guerre, la crise de 1930 va fragiliser l’unité et le modèle économique du mouvement coopératif. Le Front populaire en 1936 apporte un soutien relatif et ambigu au mouvement coopératif, et on peut voir là comme un prélude à la loi de 1947sur les statuts de la coopération. Les mutations institutionnelles du capitalisme durant l’entre-deux-guerres s’accompagnent aussi d’une reconfiguration des idéologies dominantes dans les débats politiques et économiques de l’entre-deux-guerres. L’avènement du néo-libéralisme, du néo-corporatisme et du néo-socialisme (Gaétan Pirou, 1939) va renouveler profondément les idéologies héritées du XIXe siècle, et pour la plupart incapable de justifier ou critiquer un capitalisme dans lequel l’État devient de plus en plus interventionniste. Les registres de justification du mouvement coopératif dans l’entre-deux-guerres vont alors venir s’inscrire dans cette nouvelle matrice idéologique qui se structure au cours de cette période.

La deuxième partie du mémoire met justement l’accent sur les tensions entre le registre néo-libéral et les justifications coopératives dans les écrits de deux auteurs proches des réformateurs néo-libéraux – l’économiste Bernard Lavergne et l’ancien syndicaliste Hyacinthe Dubreuil. Conscient des limites du libéralisme classique à expliquer l’évolution du capitalisme et de l’Etat, Lavergne propose à partir cadre théorique néoclassique une nouvelle régulation du marché et de l’État : l’Ordre coopératif. Par le double mouvement des coopératives de consommations et des régies coopératives – c’est-à-dire de l’organisation des services publics en coopérative d’usagers, Lavergne pense une réorganisation complète de la société en redonnant la « primauté au consommateur » dans l’ordre économique et politique. La réalisation d’un nouvel « ordre juste et libéral » sur le modèle coopératif apparait à Lavergne comme un moyen d’éviter les dérives de l’étatisme en conciliant la nouvelle forme du capitalisme avec plus de justice sociale et de libertés. Dubreuil part d’un autre point de vue : la crise du travail qui accompagne le mouvement de concentration et de rationalisation des entreprises durant l’entre-deux-guerres. Dubreuil propose une nouvelle organisation du travail capable de « libérer » les ouvriers par la constitution d’ateliers coopératifs autonomes au sein de chaque entreprise. Le travail coopératif est source de paix sociale dans l’entreprise, car il permet à la fois d’augmenter la productivité – et donc les profits pour les capitalistes, tout en libérant les ouvriers sur le plan économique, intellectuel, et moral au sein d’une nouvelle organisation scientifique du travail. Dubreuil propose d’étendre ce projet à l’organisation globale de la société qui prendrait alors la forme d’une République industrielle – dont certains aspects se rapprochent du néo-corporatisme. Malgré des divergences et des contradictions dans les écrits de ces deux auteurs, Lavergne et Dubreuil ont proposé de concilier le modèle coopératif avec la nouvelle justification néo-libérale du capitalisme qui se met en place dans l’entre-deux-guerres. La régie coopérative de Lavergne et le travail coopératif de Dubreuil ne sont pas sans rappeler certains aspects du tournant néolibéral de l’État (Denord, 2007) et de l’entreprise (Coutrot, 1998 ; Boltanski et Chiapello, 1999) depuis les années 1980.

La troisième partie du mémoire porte sur l’évolution du mouvement coopératif dans le tournant idéologique du socialisme vers le néo-socialisme. Trois auteurs ont été étudiés – Ernest Poisson, proche de Jaurès et acteur important de la coopération de consommation ; George Fauquet, médecin puis haut-fonctionnaire en France et au BIT ; et enfin Marcel Mauss, anthropologue majeur du XXe siècle et socialiste méconnu. Le passage de La République coopérative de Poisson en 1920 au Secteur coopératif de Fauquet en 1935 résume assez bien l’évolution du mouvement coopératif dans l’entre-deux-guerres, et aussi le passage dans l’idéologie socialiste du référentiel de la République sociale à l’économie organisée par l’État. Alors que Poisson tente de concilier l’utopie gidienne avec le socialisme dans une posture qui se veut pragmatique, l’ouvrage de Fauquet en 1935 adresse une critique forte au coopératisme intégral de Gide ou Poisson en affirmant à la fois l’unité entre les différentes familles coopératives, tout en relativisant la portée de la coopération face au capitalisme ou à l’État . Même si les questions organisationnelles ont tendance prendre le pas sur les aspects politiques de la coopération, il ne faut pas pour autant dénier les valeurs humanistes qui sous-tendent les propos de Fauquet – en effet, les institutions coopératives sont aussi morales et elles contribuent « à rétablir la prédominance du social sur l’économique ». La coopération socialiste de Mauss se situe au croisement entre l’idéal socialiste dont pouvait être porteur Jaurès et qu’on retrouve chez Poisson, et d’une posture plus réaliste d’un Fauquet conscient des limites du mouvement coopératif. Son manuscrit sur La nation permet d’aborder autrement l’engagement politique de Mauss dans les coopératives de consommation. En effet, la pratique coopérative selon Mauss s’inscrit dans un « mouvement politico-économique venu d’en bas », des citoyens et qui participent à la démocratisation radicale de l’économie – autrement dit l’avènement historique du socialisme que Mauss aperçoit dans la nation. Sa réflexion reste d’une actualité surprenante, et elle n’est pas sans rappeler les luttes contemporaines pour le commun (Dardot et Laval, 2014) et qui sont aujourd’hui au coeur des initiatives de l’économie sociale et solidaire.

Mémoire de Sophie Laughrea :

 

Contexte : Depuis les dix dernières années, le Québec a connu une prolifération d’initiatives de mise en marché qui rapprochent les consommateurs des producteurs telles que les marchés publics et la vente à la ferme. Leur émergence provient notamment d'un engouement nouveau des consommateurs au Québec pour les produits locaux, mais également des bénéfices qu'ils procurent aux producteurs (meilleur contrôle sur les prix, autonomie accrue, etc.). Bien que ces circuits, qui peuvent être appelés courts2 ou de proximité3, puissent être une avenue intéressante pour les producteurs, certains défis demeurent quant à leur développement. En effet, les producteurs se retrouvant dans ces circuits sont souvent amenés à devoir redéfinir leur organisation du travail et diversifier leurs activités, engendrant ainsi de nouveaux défis (développement de compétences, réalisation d’investissements importants, ajout de nouvelles tâches, etc.). Une des pistes fréquemment évoquées pour favoriser le développement des circuits de proximité et assurer leur pérennité est la mise en place de démarches collectives. L’action collective présente un effet de levier sur le plan de l’exploitation et de la commercialisation : elle va souvent faciliter l’accès aux producteurs à des opportunités dont ils n’auraient pas pu bénéficier à titre individuel. Toutefois, se regrouper et se coordonner amène en soi son lot de contraintes et de défis que les producteurs doivent être capables de surmonter afin de faire vivre leur collectif. Dans ce contexte, il est pertinent de se demander comment les collectifs de producteurs peuvent permettre à leurs membres de relever les défis rencontrés en circuits de proximité.

Cadre théorique : Outre les travaux réalisés sur les collectifs en circuits de proximité, ce mémoire a mobilisé trois approches théoriques s’intéressant à la coordination des individus, soit la théorie des coûts de transaction (Williamson, 1981), les travaux sur l’action collective et la gestion des biens communs (Olson, 1971; Ostrom, 1990) et l’économie de la proximité (Torre & Rallet, 2004). Bien que l’apport de ces approches soit singulier, elles abordent des enjeux similaires par rapport à la coordination des individus, des enjeux qui sont d’ailleurs repris dans les études empiriques réalisées sur les collectifs d’agriculteurs en circuits de proximité. Elles ont donc permis la construction d'un cadre d’analyse composé de différents facteurs facilitant l’action collective tels que le capital social, les règles et mécanismes de contrôle, le leadership et les coûts d’organisation. Ces facteurs ont été regroupés en deux dimensions : la viabilité économique et la viabilité sociale.

Méthodologie : Étant donné le peu de recherches réalisées antérieurement sur les collectifs de producteurs en circuits de proximité, une démarche qualitative de type exploratoire a été retenue pour ce mémoire : l’étude de cas multiples. Cinq études de cas ont été réalisées. Le choix des cas s’est appuyé sur l’observation de situations contrastées par rapport à la taille, le type de production et la structure légale des collectifs.

Résumé de recherche : Les regroupements choisis comptaient entre 4 et 16 membres, représentaient une diversité de production (bovin, maraîcher, laitier et grandes cultures) et étaient principalement des coopératives de producteurs ou de solidarité. Au total, 17 entrevues semi-dirigées ont été réalisées auprès de producteurs agricoles membres de ces regroupements, de leurs employés et d’intervenants locaux les ayant accompagnés. L’analyse s’est fait à deux niveaux, intracas et intercas, selon la méthode comparative constante qui permet la construction de catégories et d’inférences selon les thématiques dégagées.

Résultats : L’action collective est une porte d’accès privilégiée aux circuits de proximité. La plupart des membres des collectifs étudiés n’empruntaient pas ces circuits avant de joindre ou de créer leur regroupement. Ces derniers sont une façon de relever les défis rencontrés en circuits de proximité, car ils permettent (i) la mutualisation de ressources (principalement financières et humaines) et (ii) la consolidation et la stabilisation des volumes afin de pénétrer le marché du détail. Toutefois, quatre regroupements étudiés sur cinq rencontrent des difficultés financières. Il semble donc que la viabilité économique soit centrale dans le succès de ces initiatives. Bien souvent, le manque de viabilité économique était causé par l’incapacité des collectifs à atteindre des volumes suffisants et par une planification insuffisante avant de démarrer le projet. Par ailleurs, les cas étudiés démontrent que des facteurs humains et organisationnels peuvent avoir un impact majeur sur la situation financière du regroupement, notamment la capacité à maintenir l’engagement de ses membres ainsi que d’établir un cadre réglementaire au sein du groupe. Enfin, la présence d’un accompagnement soutenu et prolongé par des intervenants locaux et d’une expertise liée à l’action collective et aux circuits de proximité semblent être deux conditions très déterminantes dans le succès de ces initiatives. Toutefois, l’étude réalisée démontre que ces conditions sont rarement rassemblées au Québec pour les collectifs en circuits de proximité.

Contributions de la recherche : Bien que les circuits de proximité gagnent en importance au Québec, comme ailleurs dans le monde, il existe actuellement peu de travaux sur les initiatives collectives qui s’y trouvent. Si les études sur l’action collective en agriculture sont nombreuses, portant notamment sur la mise en marché collective, les coopératives et le syndicalisme, peu d’entre elles se concentrent sur sa contribution dans le développement des circuits de proximité. Le présent mémoire fait donc figure de proue, au Québec, dans l’analyse de l’action collective en circuits de proximité. Par ailleurs, en empruntant les travaux d’Ostrom (1990) sur la gestion collective des biens communs, jusqu’alors réservés majoritairement à l’étude des ressources naturelles, ce mémoire a également permis de jeter un éclairage théorique nouveau sur les dynamiques collectives en circuits de proximité.

Mémoire de Noémie Ménard :

 

La coopération internationale regroupe une multitude d'acteurs et de projets. Comprendre ce que peut bien signifier la coopération dans les actions de développement est une façon de mieux appréhender ce vaste champ professionnel. L'Économie Sociale et Solidaire (ESS), à travers ses exemples de pratiques coopératives, semble être un des domaines privilégiés pour dialoguer avec ce secteur sur la notion de coopération. Elle est aussi porteuse de propositions économiques alternatives et vient questionner le rôle de la coopération internationale dans le développement d'une autre économie à l'échelle planétaire. Que peuvent alors apporter aux projets internationaux, les expériences de coopération dans le domaine économique ? Il s'agit ici de montrer les croisements possibles entre les actions de coopération internationale et les pratiques coopératives de l'Économie Sociale et Solidaire.

Si l'on comprend aisément que la coopération internationale implique une interaction avec l'étranger, elle questionne aussi l'articulation entre l'échelle locale et l'échelle globale. La mondialisation au sens large, c'est-à-dire l'internationalisation des échanges, son intensification et son déploiement à tous les domaines (culture, politique, économique), montre qu'un projet local, quel qu'il soit, ne peut être déconnecté des enjeux mondiaux, parce que l'isolement économique n'est plus possible aujourd'hui, sauf à lui adjoindre un isolement politique, social et culturel. Les mondialisations – ainsi mises au pluriel, parce que l'internationalisation est diverse à la fois dans le temps et dans la nature des échanges - amènent aussi le constat suivant : la diversité des territoires et des individus sont inhérentes au monde, et il ne peut y avoir de modèle de développement unique.

Parce que les pratiques coopératives peuvent participer à cette meilleure prise en compte des spécificités territoriales, le premier chapitre interroge la notion de « coopération » et la possibilité pour les organisations coopératives de proposer une autre approche de la mondialisation, loin de l'uniformisation des pratiques mais aussi loin du repli identitaire.

Vouloir croiser économie sociale et coopération internationale est le résultat d'une prise de positionnement par rapport aux projets de développement. C'est penser que les pratiques professionnelles dans le domaine de la coopération internationale doivent favoriser l'indépendance des acteurs bénéficiaires : objectif similaire aux principes du mouvement coopératif et à la forte dimension démocratique des pratiques « coopératives ». En cela, l'ancrage historique de l'économie sociale est aujourd'hui une des clefs de lecture utiles pour mieux comprendre les enjeux de l'ESS et sa place dans la coopération internationale. Le second chapitre présente donc l'histoire des identités coopératives, en s'intéressant notamment à ses valeurs et à ses principes.

Les expériences de coopération de l'association Minga peuvent venir illustrer ce que peut être la coopération en économie. Organisation de professionnels, la structure rassemble des acteurs économiques aux pratiques coopératives diverses et aux statuts variés. Elle prend aussi part à la création de coopératives avec d'autres structures de l'ESS. En présentant la structure et ses pratiques de coopération dans le contexte français, le troisième chapitre propose de rapprocher ESS et coopération internationale et de commencer ainsi à appréhender les apports possibles de la coopération en économie à la coopération dans les projets internationaux. Cet ancrage national des pratiques de Minga est complété par la dimension internationale des activités de l'association et plus globalement de l'Économie Sociale et Solidaire. L'émergence de la notion d'intercoopération au terme de ce quatrième chapitre pourra permettre de mieux comprendre les défis communs entre l'ESS et la coopération internationale. L'intercoopération ou le développement coopératif est la suite du dernier volet de l'histoire de l'économie sociale : celui qui a commencé après la décolonisation, et qui s'est imprégné d'un remaniement des relations internationales des années 50 à nos jours. Celui aussi qui a fait du rapport au territoire un élément majeur du développement. L'intercoopération invite donc à une coopération entre les territoires à toutes les échelles.

La fusion des enjeux locaux et internationaux est ainsi l'objet du cinquième et dernier chapitre. Les problématiques que nous avons relevées en ce qui concerne le mouvement coopératif et plus largement l'Économie Sociale et Solidaire laissent entrevoir les difficultés d'appropriation de ces alternatives économiques par des acteurs qui seraient étrangers à ce qu'est l'ESS. La diversité du mouvement coopératif et surtout les divergences des objectifs poursuivis par ses membres, multiplient les possibilités d'usages de l'ESS au niveau international : entre soutien à des coopératives agricoles et développement de l'entrepreneuriat social, les formes de la rencontre ESScoopération internationale ont parfois peu en commun. Pourtant, le contexte français de la coopération internationale et les évolutions plus ou moins récentes du secteur permettent de réaffirmer la nécessité d'un croisement entre les deux domaines. Ni de n'importe quelle façon, ni navec n'importe quel acteur, sans doute, mais la rencontre avec l'ESS doit quand même pouvoir s'opérer de façon plus régulière et plus construite.

S'intéresser aux pratiques et aux compétences de coopération des acteurs de l'ESS pourrait donc être une démarche porteuse pour les acteurs de la coopération internationale. Mais elle ne suffit pas. La coopération s'apprend en pratiquant. Les coopérateurs devraient aussi pouvoir prendre part aux actions internationales, s'intéresser aux projets de développement. La richesse des travaux de recherche sur les économies alternatives dans d'autres régions du monde ainsi que la démarche de recherche-action et de formation des membres, inhérente au projet coopératif, doivent pouvoir être partagées.