L’innovation sociale, diffusion et institutionnalisation-Appel à contribution jusqu'au 26-08-2014

Appel à articles pour la revue Sociologies pratiques n°31 : L’innovation sociale, diffusion et institutionnalisation

Coordination scientifique : Elisabetta Bucolo (Laboratoire Interdisciplinaire de Sociologie Economique, LISE), Laurent Fraisse (LISE)

Coordination éditoriale : Pierre Moisset

L’innovation sociale connait un regain d’attention tant du côté des acteurs socio-économiques, des responsables publics que des chercheurs. Concept à la mode en période de crise et de fragilisation des solidarités installées, il s’avère avoir une histoire plus longue. Plusieurs chercheurs ont identifié son émergence au tournant des années 70 pour désigner une première vague d’expérimentations. L’innovation sociale s’inscrivait alors dans le prolongement des nouveaux mouvements sociaux. Cependant, dans la littérature scientifique, le concept d’innovation sociale, reste encore aujourd’hui peu stabilisé voire controversé. On peut tout de même l’appréhender telle : « une intervention initiée par des acteurs sociaux, pour répondre à une aspiration, subvenir à un besoin, apporter une solution ou profiter d'une opportunité d'action afin de modifier des relations sociales, de transformer un cadre d'action ou de proposer de nouvelles orientations culturelles » [Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES)].

Le renouveau de la notion depuis quelques années n’est plus uniquement le fait d’initiatives et de revendications de la société civile organisée mais est de plus en plus portée par les pouvoirs publics. Suite à la communication de la Commission Européenne sur le sujet en 2009, on assiste à l’affirmation d’un agenda européen sur l’innovation sociale. En France, le gouvernement tente de donner un cadre juridique à cette notion à travers la loi-cadre sur l’économie sociale et solidaire prolongeant ainsi la référence de plusieurs collectivités locales à l’innovation sociale pour soutenir d’autres modes d’entreprendre, d’échanger et de consommer dans les territoires.

L’innovation sociale est également devenue un objet de recherche donnant lieu à un nombre croissant de publications et de courants théoriques distincts. Le premier, issu des travaux sur les sciences, techniques et innovations (STI), cherche à comprendre les processus sociaux des innovations technologique et organisationnelle en mettant en évidence l’importance des milieux innovateurs, des réseaux socio-techniques ou des trajectoires nationales et sectorielles d’innovation. D’autres conceptualisations insistent sur les spécificités de l’innovation sociale et relèvent les aspects qui lui sont propres : l’élargissement des finalités de l’innovation (répondre à des besoins sociaux et/ou des aspirations sociales), l’émergence et le cadrage des problèmes relevant davantage d’évolutions sociétales que d’évolutions économiques et technologiques, des modes de diffusion moins marqués par les épreuves marchande ou industrielle mais relevant davantage d’une économie plurielle.

Concept polysémique rassembleur d’une diversité de dynamiques sociales et d’analyses, l’innovation sociale donne lieu à de multiples interprétations. C’est peut-être en raison d’une appréhension plurielle du social. Trois compréhensions peuvent être repérées : le social entendu comme domaine spécifique des politiques sociales et des services sociaux, le social entendu comme réponse à des besoins sociaux non ou mal couverts par le marché et par l’Etat ou encore le social entendu comme nouvelle aspiration (s’exprimer, travailler, échanger, consommer autrement…) portée par les mobilisations collectives. Selon ces acceptions et des postures plus ou moins déviantes ou en rupture par ces porteurs, l’innovation sociale sera locale ou globale, entrepreneuriale ou citoyenne, fonctionnelle ou transformatrice…

Alors que la littérature concernant les enjeux, la définition et les contextes d’émergences de l’innovation sociale s’étoffe, les processus de diffusion et d’institutionnalisation ont moins été explorés. Les chercheurs ont peu analysé ces champs alors que certains praticiens ont développé des méthodes et outils de diffusion et d’essaimage de leur pratique en s’appuyant sur des recherche-action, des dispositifs d’accompagnement, des réseaux d’échanges de pratiques, l’expertise d’agences de développement ou de «  think tanks ». Leurs contributions s’avèrent essentielles pour mieux appréhender sociologiquement leurs avancées sur ces questions.

 Aussi, les articles attendus de ce numéro viseront à mieux comprendre les processus de diffusion et de pérennisation de l’innovation sociale. Pour certains, seules les innovations sociales qui induisent des changements institutionnels mériteraient ce qualificatif. Alors que la diffusion de l’innovation technologique est fortement marquée par le rôle de l’entrepreneur, la commercialisation sur le marché, la standardisation des produits et la recherche d’économie d’échelle, l’innovation sociale invite à revisiter les formes d’appropriation par les acteurs et les institutions. Diffusion par des fédérations ou regroupements d’innovateurs, par l’exemplarité et la promotion de pratiques inspirantes, par les mouvements sociaux ou citoyens, par les réseaux sociaux et l’Internet, par reconnaissance et soutien des pouvoirs publics à différentes échelles, les acteurs et canaux de promotion des innovations sociales sont multiples et souvent enchevêtrés. De l’analyse des facteurs et obstacles dans la diffusion des innovations découle aussi l’évaluation de leur portée plus ou moins transformatrice, des risques de banalisation et de récupération ou de la constitution de niches complémentaires aux pratiques dominantes.

A l’égard de cette problématique, les contributions attendues peuvent explorer quatre axes  de questionnements :

  1. Quels sont les modes spécifiques de diffusion de l’innovation sociale ? Ses acteurs, intermédiaires et bénéficiaires, ses processus, les supports et les usages se singularisent-ils de ceux repérables dans l’adoption des nouvelles technologies ?
  2. Quels modes de médiatisation des pratiques innovantes dans les milieux professionnel comme auprès du grand public sont mises en œuvre ? Quels usages d’Internet et des réseaux sociaux sont mobilisés dans la transmission des innovations sociales ? Passent-ils forcément par la mise en exergue et la valorisation de bonnes pratiques ?
  3. Dans quelle mesure la formalisation et la conceptualisation d’initiatives locales est-elle la condition d’une montée en généralité inspirante pour d’autres contextes locaux ou sectoriels ? Quels rôles jouent la recherche et les chercheurs, notamment en sciences humaines et sociales, dans ces processus de légitimation et de traduction dans d’autres milieux ?
  4. À quels processus d’institutionnalisation conduit le soutien par les pouvoirs publics à leur reconnaissance et leur diffusion ? Dans quelle mesure la pérennité passe-t-elle par une mobilisation plurielle des ressources et une mixité des financements ? L’évaluation des résultats et des impacts est-elle nécessaire à l’appropriation et la diffusion des innovations sociales ?

 

• Articles attendus et procédure de soumission

Les articles attendus peuvent être de différentes natures. D’une part, des analyses réflexives et sociologiques fondées sur des recherches empiriques récentes et achevées (analyses de témoignages, études de cas, débats critiques, etc.). D’autre part, des analyses de pratiques de professionnels ou bénévoles engagés comme entrepreneurs ou experts dans des processus d’innovations sociales : témoignages d’expériences et retours réflexifs sur les conditions de pérennisation et de sa diffusion. Dans l’un comme dans les autres cas, les articles doivent être informatifs et analytiques et traiter de l’une ou de plusieurs des questions soulevées dans l’appel.

Les intentions d’article (4000 signes espaces compris) sont à adresser avant le 26 août 2014 par voie électronique à sp31@sociologies-pratiques.com. Après examen, la revue retournera son avis aux auteurs au plus tard le 15 septembre. Les auteurs devront alors proposer une première version complète de leur article (27000 signes espaces compris, bibliographie non comprise) pour le 30 novembre.

Toute intention d’article, comme tout article, est soumis à l’avis du Comité de lecture de la revue, composé des deux coordinateurs, des membres du Comité de rédaction et d’un relecteur externe. L’acceptation de l’intention d’article ne présume pas de l’acceptation de l’article.

• Présentation de la revue

Sociologies pratiques est une revue de sociologie fondée en 1999 par Renaud Sainsaulieu et l’Association des professionnels en sociologie de l’entreprise (APSE). Elle est aujourd’hui éditée par les Presses de Sciences Po. La revue est intégrée dans la liste des revues scientifiques reconnues par l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES). Elle est répertoriée sur les bases Francis et Cairn.

Sociologies pratiques paraît deux fois par an. Ses numéros thématiques (environ 200 pages) donnent la parole à des chercheurs ou à des praticiens afin de témoigner de réalités sociales émergentes et de comprendre les mouvements de notre monde. Le projet éditorial de la revue rend compte d’une sociologie appliquée. En ce sens, il recherche un équilibre entre monde académique et monde professionnel, entre compréhension et action, tout en portant un regard clairement sociologique pour comprendre le changement social. Reprenant un diagnostic de Renaud Sainsaulieu établi à la fin des années 1980, il s’agit toujours de contribuer à la mise en visibilité du savoir sociologique, qu’il soit élaboré par la recherche ou par l’application. D’un monde à l’autre, nous pensons qu’il est possible de discerner une posture commune orientée vers la nécessité d’analyses objectivées de la réalité sociale et vers la distance par rapport aux évidences, aux normes et aux enjeux politiques.

C’est dans ce contexte que Sociologies pratiques s’inscrit en mettant l’accent sur la diversité et la richesse des pratiques académiques et professionnelles de la sociologie. Chaque dossier thématique cherche ainsi à rendre compte de la diversité des sociologies en acte, à illustrer la variété des pratiques contemporaines, à composer entre contributions descriptives de pratiques et apports réflexifs sur les conditions, les justifications et les conséquences sur l’action. La volonté de croiser témoignages d’acteurs de terrain – qui agissent au cœur des transformations – et réflexions de chercheurs – qui donnent les résultats de leurs enquêtes les plus récentes – font de Sociologies pratiques un espace éditorial et intellectuel original qui s’adresse à tout lecteur intéressé par la sociologie en pratique, qu’il soit diplômé en sociologie ou non, qu’il soit chercheur ou professionnel.

Outre le dossier thématique composé des articles retenus à partir de  l’appel à articles, Sociologies pratiques propose d’autres rubriques ; par exemple : Sociologies d’ailleurs, Le Métier, Lectures, Échos des colloques, Bonnes feuilles des Masters. Des varia peuvent aussi être publiés.

Quelques repères bibliographiques

L’innovation sociale, (coord.) Juan-luis Klein, Jean-louis Laville, Frank Moulaert, éditions Erès (2013)

L'innovation sociale. Principes et fondements d'un concept dans la collection, Emmanuelle Besançon, Nicolas Chochoy et Thibault Guyon, Série Economie et Innovation de L'Harmattan (2013)

« Innovation sociale, normalisation et régulation », Nadine Richez-Battesti et Delphine Vallade, Revue Innovation, n°38, (2012)

The International Handbook on Social innovation, Frank Moulaert, Diana MacCallum, Abid Mehmood, Abdelillah Hamdouch, Edward Elgar Publishing, (2013)

Social Innovations in European cities, a reader from the WILCO Project, Adalbert Evers, Benjamin Ewert & Taco Brandsen www.wilcoproject.eu/book/chapters/about-this-book/ (2014)