Appel à communication: "Monnaie, monnaies : pluralités et articulations des sphères d’échanges dans les sociétés contemporaines", jusqu'au 31 mai 2012

Appel à publication Revue Française de Socio-économie "Monnaie, monnaies : pluralités et articulations des sphères d’échanges dans les sociétés contemporaines". Coordination : Pierre Alary, Jérôme Blanc et Richard Sobel.  De nombreux travaux d’économie institutionnaliste, de sociologie, d’anthropologie et d’histoire économique montrent l'importance de la monnaie dans les sociétés contemporaines. Que la monnaie relève uniquement du domaine du marché est difficilement soutenable, et elle ne peut en aucun cas trouver son intelligibilité dans la simple explicitation de comportements maximisateurs d’individus asociaux. Au-delà de cette critique adressée à l’économisme dominant, ces travaux mettent en évidence d'une part le caractère instituant de la monnaie pour l’économie marchande-capitaliste et d'autre part, plus fondamentalement encore, le lien intrinsèque de la monnaie à la totalité sociale. Ce lien repose sur la confiance nécessaire à son usage et sur les formes sociales de son appropriation. L’examen des crises monétaires, par exemple, dévoile la profondeur et l’étendue de ces dimensions non économiques et non instrumentales.

Cet appel à articles s’inscrit dans cette perspective générale. Il interroge plus précisément la manière dont la monnaie articule les différentes sphères d'échanges, permettant ainsi – via des procédures particulières de mise en équivalence et de conversion – aux sociétés contemporaines de fonctionner. Deux objets distincts seront privilégiés pour explorer cette problématique : les monnaies nationales et les monnaies dites sociales ou complémentaires.

Monnaies nationales et sphères des sociétés marchandes

Depuis la grande crise de 2008 et ses multiples soubresauts, les monnaies nationales se trouvent particulièrement malmenées par la gouvernance néolibérale de la sphère financière. Or, dans chaque pays, ces monnaies sont un point nodal du lien socio-politique dans la mesure où elles articulent la sphère de la circulation financière autonomisée, la sphère productive, la sphère des dettes privées, celle des dettes publiques, la banque de détail et la banque d’affaires, etc. La généralisation de la crise montre la grande perméabilité et l'interdépendance des différentes sphères de l'économie "connectées" par les monnaies. Sans doute le problème vient-il de ce que les monnaies nationales sont un bien public qui procède d'une production privée. Elles sont également travaillées par de multiples formes d’accaparement par lesquelles les acteurs étatiques, institutionnels, économiques et financiers entendent peser sur la dynamique globale du système actuel.

Sous ce premier aspect, l’appel à articles est délibérément large et propose de rendre compte de l’ensemble des contradictions qui traversent aujourd'hui les monnaies nationales (ou les monnaies inter-nationales) dans leur rapport à la banque et à la finance par exemple. Les pistes de sortie de crise ou de transformation par réencastrement d’un tel système qui néglige les fondements socio-politiques de la monnaie peuvent tout à fait être explorées pour peu qu’elles s’articulent aux questions monétaires. Par exemple, quelles formes de finance – que l’on se situe au niveau de la microfinance ou à celui de la finance d’affaire – seraient compatibles avec une monnaie à la fois régulée et maîtrisée par les pouvoirs publics pour jouer pleinement son rôle d’opérateur de l’appartenance sociale ? Les propositions d’articles plus « épistémologiques » analysant les effets performatifs du discours de la science économique dominante sur ces questions sont également les bienvenus.

Monnaies sociales ou complémentaires et marché

L’émergence de monnaies dites sociales ou complémentaires remonte à la création des LETS au début des années 1980. Elles se sont depuis diversifiées et connaissent aujourd'hui à la fois une montée en force et une sortie progressive des marges. Bien que très variées, elles reposent pour la plupart sur une mise à distance de la finance classique (et son fondement, l’épargne en tant que richesse accumulée et polarisée socialement) et une critique du marché. Ces systèmes peuvent articuler marchand et non marchand, imposer des règles orientant l’activité marchande dans un sens solidaire, éthique et / ou environnemental, monétariser des échanges habituellement non médiatisés par la monnaie, etc.

Sous ce second aspect, l’appel à article se propose d’étudier précisément la manière dont les monnaies dites sociales ou complémentaires conduisent à repenser le rôle de la monnaie à l’échelle de groupes humains de taille réduite et de territoires locaux. En quoi et dans quelle mesure leur capacité à réaliser les objectifs qui leur sont assignés est-elle liée à leur articulation aux monnaies nationales ? Leur revendication d’une appropriation citoyenne de la monnaie prend un relief particulier dans le contexte de crises économique, sociale et environnementale, notamment engendrées par la soumission de la monnaie à la finance : dans quelle mesure et comment ces systèmes permettent-ils de remettre au cœur de la monnaie des dimensions sociales et politiques effacées par le régime financiarisé aujourd'hui en crise ?

Les articles d’une longueur maximale de 60 000 signes, espaces compris, doivent parvenir par voie électronique à l’adresse suivante : rf-socioeconomie@univ-lille1.fr

Ils doivent impérativement être présentés selon les normes formelles de la revue

La date limite de réception des articles est fixée au 31 mai 2012.