Fourier

Mémoires d’un goujat, de Laurent Lasne

Laurent Lasne. Le Tiers Livre, Paris, 2011, 212 p.

Qui se souvient du Limousin Antoine Cohadon ? Du jeune « goujat » (apprenti du bâtiment) monté à Paris en 1840 au doyen respecté disparu en 1910, Laurent Lasne nous retrace l’itinéraire de ce militant injustement méconnu, eu égard à la constance de son engagement. Au cours de sa longue vie, ce maçon creusois aura été de tous les bons coups coopératifs, tout en prenant part aux grandes luttes sociales qui ont jalonné le destin des ouvriers parisiens du XIXe siècle.

Militants de l’utopie ? Les Fouriéristes dans la seconde moitié du XIXe siècle

Bernard Desmars, Dijon, Les Presses du réel, 2010, 430 p.

Si l’œuvre de Charles Fourier a été beaucoup étudiée, notamment depuis deux décennies, celle du devenir de sa doctrine après sa mort en 1837 restait largement à découvrir. En ce domaine, trois hypothèses étaient suggérées de façon plus ou moins explicite par les historiens mais elles n’avaient guère été vérifiées. Comme de nombreux Saint-Simoniens, les Fouriéristes auraient renié leurs convictions et se seraient « adaptés » au capitalisme. Seconde possibilité, ils auraient tenté de concrétiser le fouriérisme dans des colonies icariennes, le plus souvent aux Etats-Unis, mais ces initiatives se seraient soldées par un échec. Ou enfin, ils auraient attendu, mais vainement, le Nouveau monde annoncé par les prophéties socialistes. 

Godin, inventeur de l’économie sociale : mutualiser, coopérer, s’associer

Jean-François Draperi. Ed. Repas, collection « Pratiques utopiques », 2008.

Faut-il remiser au musée de la coopération et de l’économie sociale, après avoir déjà tout dit et tout écrit à leur propos, le Familistère de Guise et son créateur, Jean-Baptiste Godin? Assurément non, comme le démontre Jean-François Draperi dans son livre Godin, inventeur de l’économie sociale. L’auteur met en lumière la modernité de cet « expérimenteur « qui « a mis ses idées en pratique avec les hommes (et les femmes, autre anticipation de Godin et non des moindres) avec lesquels il bâtit, bien au-delà du travail, une véritable contre-société coopérative », comme le souligne l’éditeur dans son avant-propos. Plus que l’aventure du Familistère (mais faut-il parler d’aventure pour une organisation qui a vécu un siècle dont quatre-vingts ans sans Godin ? Aventure humaine, à ne pas en douter), le livre offre aux lecteurs un portrait à multiples facettes de celui que Jean-François Draperi considère comme « l’un des fondateurs de l’économie sociale et sans doute le plus moderne d’entre eux ».

De l’intérêt des biographies: Jules Lechevalier (1806-1862) : des socialismes « utopiques » aux modèles coopératifs

A travers Jules Lechevalier, personnage largement méconnu de l’histoire de l’économie sociale, nous avons cherché à comprendre comment la transition se produit entre une oeuvre théorique et une oeuvre pratique. Jusqu’à présent, la plupart des travaux sur l’économie sociale se sont essentiellement intéressés soit aux pensées des théoriciens, soit aux institutions associatives et coopératives, comme s’il n’existait pas de rétroaction entre le projet pensé et le projet pratiqué. Jules Lechevalier, qui a côtoyé Enfantin, Fourier et Proudhon, n’a cessé de confronter à la réalité les théories sociales et politiques les plus audacieuses de ses contemporains. En laissant des traces éparses dans les archives, ce foisonnement n’a pas retenu l’attention des historiens. Pourtant, cet infatigable « organisateur de travail » a notamment adjoint des syndicats de la consommation et de la production à la Banque du peuple de Proudhon, vaste projet mutualiste et coopératif dont le programme préfigurait la mise en place de l’Etat-providence français bâti sur la sécurité sociale.

Numéro de revue: 
310
Année de publication: 
2009
Fichier attachéTaille
PDF icon 310_079091.pdf195.31 Ko
Auteur(s): 
Olivier Chaïbi