Quid de l’enseignement de l’ESS et de ses modèles théoriques ?

En matière d’enseignement, le tableau est moins rose. Si la promotion de l’économie sociale et solidaire à l’école (sur la base du volontariat) est bien enclenchée, l’enseignement de l’ESS et de ses modèles parmi les matières obligatoires du lycée est à la peine.
Dans le cadre de la réforme du baccalauréat annoncée en février 2018, le Conseil supérieur des programmes avait constitué une quarantaine de groupes d’experts afin de travailler sur les nouveaux contenus, dont l’un consacré aux sciences économiques et sociales (SES). Le 15 octobre 2018, ce dernier a fait connaître ses premières propositions – lesquelles se révèlent des plus décevantes, voire préoccupantes.
Dans une tribune en cours de signature pour parution dans le journal L’Humanité, un collectif d’universitaires constate : « Pour les acteurs comme pour les enseignants-chercheurs relevant de l’économie sociale et solidaire (ESS), rien de nouveau sous le soleil à la lecture de ces premières propositions. Comme hier, aucune place n’est faite ni [aux réalités de l’ESS], comptant par exemple 10,3 % des emplois au niveau national ou 3 millions de coopératives dans le monde, ni à ses modèles enseignés, par exemple dans la dizaine de chaires ESS universitaires en France. Cette lacune est en contradiction flagrante avec l’objectif affiché [...], qui stipule que les lycéens doivent “comprendre le monde dans lequel ils vivent” ».
Le texte rappelle notamment que le développement de l’économie sociale et solidaire constitue l’une des conditions de la transition écologique, désormais au cœur de la discipline économique, et que des jeunes s’investissent en nombre dans des études supérieures en ESS puis dans des activités professionnelles qui ont du sens à leurs yeux parce qu’elles sont rattachées à une utilité sociale : cette impasse dans les programmes du baccalauréat est donc un non-sens. Plus encore, les auteurs soulignent l’importance de questionner les fondamentaux de l’économie en tant que discipline, afin de rendre possible une ouverture sur l’ESS et ses modèles.
Par ailleurs, une pétition demandant la réécriture des projets de programmes, déjà paraphée par de nombreuses organisations telles que l’APSES (Association des professeurs de sciences économiques et sociales), l’AFEP (Association française d’économie politique), l’ARES (Fédération nationale des Associations représentatives des étudiants en sciences sociales) est en cours de signature : https://www.apses.org/petition-programmes/