Les IVes rencontres du Ripess : « Une autre économie existe : les innovations de l’économie sociale et solidaire »

Après Lima 97, Québec 2001 et Dakar 2005, c’était au tour de l’Europe d’accueillir les rencontres intercontinentales du RIPESS[1]. Du 22 au 25 Avril Lux’09 a réuni environ 700 participants, dont 100 luxembourgeois, 400 européens, 80 africains, 50 nord-américains, 40 latino-américains, 25 asiatiques et 3 australiens. 55 pays étaient représentés dont 14 de l’Europe, 17 de l’Afrique, 10 de l’Asie et 11 de l’Amérique Latine et Caraïbes. Mais ce sont aussi 160 bénévoles qui ont apportés leur contribution et 20 stands installés dans le village de l’économie solidaire.

Mais derrière ces chiffres se cache tout un processus participatif de construction de l’agenda. En effet, le RIPESS est inégalement organisé d’un continent à l’autre. Il l’est très fortement en Amérique latine avec des plateformes nationales intersectorielles d’économie solidaire et de commerce équitable (cf. www.ripesslac.net) qui se réunissent régulièrement et discutent et décident collectivement de leur agenda et de leurs représentants (prochaines rencontres à Medellín en Colombie du 22 au 25 Juillet 2010). Les nord-américains se reposent toujours sur la très forte mobilisation québécoise, qui dès les débuts a joué un grand rôle dans l’animation du niveau intercontinental pour faire fonctionner une coordination, mais également sur le reste du Canada et ses réseaux de développement économique communautaire et les Etats-Unis qui ont également créé un réseau d’économie solidaire (NANSE – North American Network of Solidarity Economy a fait place au RIPESS NA). Après la période d’animation d’un secrétariat technique basé à Dakar entre 2004 et 2007, l’Afrique se cherche un second souffle dans sa partie noire francophone, un gros travail reste à faire en Afrique anglophone et l’Afrique du Nord émerge fortement, notamment dans le sillage du Maroc. L’Asie organisera les prochaines rencontres aux Philippines en 2013 et devrait en profiter pour se renforcer et se structurer comme ce fut le cas pour l’Europe ces deux dernières années. Après une 1ère rencontre Asie en 2006, une 2ème est prévue du 7 au 10 Novembre à Tokyo.

Le début d’une aventure européenne pour les réseaux d’ESS

Pour l’Europe la situation est assez contrastée. L’économie sociale est organisée par famille (Coopératives, Mutuelles, Associations, et aussi les Fondations) avec la plateforme européenne Social Economy Europe (cf. www.socialeconomy.eu.org). Traditionnellement animée par les organisations des pays latins, elle a fait des efforts d’élargissement vers le nord et l’Est de l’Europe. Quelques unes de ces organisations se sont impliquées du côté du RIPESS, mais on peut dire qu’un autre front d’organisations s’est trouvé au cœur de ce processus, très en lien avec les forums sociaux d’ailleurs. Ce sont le MES France, (Mouvement d’Economie Solidaire), le REAS Espagne (Réseau d’Economie Alternative et Solidaire), SAW-B (Solidarités Alternatives Wallonnes et Bruxelloises), Rete Ecosol Italie, Réseau Objectif Plein Emploi Luxembourg, des réseaux régionaux suisses (Vaud et Genève) et maintenant des réseaux nationaux en Allemagne et en Autriche. Les réseaux de tiers-secteur très actifs au Royaume-Uni sont en contact mais ne participent pas (encore) à cette dynamique. On peut noter également que d’autres réseaux avec une approche sectoriels ont été les piliers de la démarche initiée par l’Europe INAISE (finances éthiques), WFTO (commerce équitable), ENSIE (entreprises d’insertion), REVES (partenariats avec les autorités locales), RESSOURCES (entreprises de recyclage) ou pactes locaux (qui portent la promotion des démarches participatives de développement local) en tête.

L’économie sociale et solidaire n’ayant pas de coordination repérée en Europe, nous[2] avons décidé de nous appuyer sur les réseaux qui étaient présents à Dakar tout en initiant une démarche d’ouverture sur le principe cher aux forums sociaux du « vient qui veut » si vous vous retrouvez dans les chartes du RIPESS (cf. site www.lux09.lu pour avoir toutes les références et infos sur l’histoire, le déroulé et les conclusions de Lux’09).
Ainsi partant du principe, que tous ces réseaux ont déjà un agenda très chargé et peu de ressources (financières et humaines), l’idée était d’orienter le programme de travail en fonction des préoccupations prioritaires de chacun et d’en confier la charge aux organisations qui faisaient des propositions sur la base « une idée n’est bonne que si je la porte et l’anime ». Nous avons ainsi construit un agenda collectif de 13 ateliers autonomes et participatifs que nous avons lancé plus d’un an avant l’évènement par l’intermédiaire d’un site interactif pour commencer les échanges.
Pour mobiliser les réseaux et trouver une cohérence globale nous avons fonctionné en Comité de Pilotage Européen itinérant tous les 2 ou 3 mois dans un pays différent[3]. Nous avons également défini un format général avec trois temps de travail (illustration, débats et propositions/engagements) pour permettre une vraie progression dans les échanges et aller plus loin que la simple présentation d’expériences. La parité Nord/Sud et Homme/Femme étaient également la règle. Des allers-retours avec le niveau international ont permis de compléter l’ensemble de la démarche en fixant l’agenda des deux plénières de réflexion.
Ces deux dernières nous ont permis de poser de nouveaux jalons pour progresser dans nos objectifs d’être reconnus comme un interlocuteur crédible, porteur d’intelligence collective et d’innovations socio-économiques à l’heure où on s’acharne, sur fond de crises multiples, à sauver des modèles en perdition. L’économie sociale et solidaire ne pourra peser significativement pour l’avènement d’une nouvelle gouvernance mondiale qu’en s’alliant avec d’autres mouvements de la société civile qui se donnent déjà rendez-vous dans les forums sociaux et commencent à élaborer des alternatives.
Des 13 ateliers participatifs qui se sont déroulés pendant 3 jours est ressortie, sur la base d’expériences concrètes qui se développent sur tous les continents, une multitude de propositions et de plans d’actions.
En Europe, nous allons essayer de poursuivre la dynamique de Lux’09 pour nous structurer en réseau et peut-être organiser une conférence constitutive dans deux ans et mieux participer à l’échelon international[4]. Nous devrions renforcer nos partenariats autour de quelques projets (les différentes expériences de mapping veulent se mettre en réseau par exemple). Nous n’avons pour le moment pas l’intention de nous positionner comme interlocuteur qui fait du lobbying auprès de la Commission européenne, mais plutôt comme un acteur du mouvement social. Nous allons poursuivre nos échanges auprès des organisations de l’économie sociale traditionnelle qui voudraient participer avec nous. Nous sommes de toute façon maintenant définitivement dans le paysage social. Les prochaines rencontres auront lieu en 2013 aux Philippines en Asie.
 
Eric Lavillunière
Coordinateur Général Lux’09
Chargé de Direction d’INEES



[1] Réseau Intercontinental de Promotion de l’Economie Sociale Solidaire.
[2] INEES – Institut Européen d’Economie Solidaire a qui le RIPESS a confié l’organisation des rencontres de 2009.
[3] Bruxelles (2 réunions en 2007), Luxembourg (Février 2008), Madrid (Mai 2008), Sardaigne (Septembre 2008), Munich (Novembre 2008), St-Omer (Janvier 2009) et Londres (Mars 2009).
[4] Eric Lavillunière pour INEES et Christine Gent pour IRIS (Inter-Réseaux des Initiatives éthiques et Solidaires) sont les nouveaux administrateurs européens du RIPESS.