"Déclaration de Strasbourg" ou comment la "Social business international ltd" se charge de rapprocher les points de vue autour de "world cafés"

Dans une interview accordée au Think Tank européen Pour la Solidarité le 7 février 2014, Rocio Nogales revient sur les deux journées passées à Strasbourg les 16 et 17 janvier 2014 autour du thème “Entrepreneurs sociaux, prenez la parole !”, pendant lesquelles elle a fait partie de l’équipe en charge de rédiger la Déclaration de Strasbourg, qui,“n’est pas un document officiel rédigé par la Commission européenne mais bien une vision commune partagée par les acteurs de l’écosystème de l’entrepreneuriat social“. Un point de vue que Marcel Caballero du Ciriec ne partage qu'à moitié...

Dans cette interview, Rocio Nogales évoque les temps forts de la conférence de Strasbourg, qui a représenté une opportunité pour les entreprises sociales de définir et partager des visions communes, en dépassant les divisions et différences qui peuvent caractériser le secteur de l’économie sociale et en s’attachant plutôt aux enjeux de coopération transversaux.

Rocio y explique surtout comment la Déclaration de Strasbourg a été construite et comment elle a vécu cela de l’intérieur. Dirigée par Jonathan Bland (Social Business International Ltd), une équipe constituée d’experts, de membres du GECES et de représentants de la Commission européenne investis dans l’Initiative pour l’entrepreneuriat social, ont participé à de nombreux ateliers mais se sont surtout réunis pendant les deux jours dans la “drafting room”, assistés par toute une équipe relayant les différents contenus discutés au sein des ateliers, des OpenSpaces, des WorldCafés, … Cette équipe a donc rédigé plusieurs versions de la Déclaration avant la version finale, avec pour responsabilité d’y faire “transparaître les enjeux clés, les domaines essentiels pour le présent et l’avenir du secteur“. [...] 

Marcel Caballero (Ciriec France) est moins enthousiaste. "M. Barnier, le très libéral commissaire européen au marché intérieur et aux services, a justifié ainsi cette initiative : « L'économie sociale a toute sa place dans le nouveau modèle de croissance que nous créons, plus inclusif et plus vert. Par leur vocation, les entreprises sociales restent en prise avec le terrain et ses réalités sociales ou environnementales. Elles sont innovantes, dynamiques et créatrices d'emplois. Nous devons tout faire pour créer un écosystème qui les encourage à se développer encore. C’est l’objectif de la conférence de Strasbourg.»

Qui ne souscrirait à un tel programme parle M. Barnier ? Lorsque, dans une même phrase, il zappe de l’ « économie sociale » aux « entreprises sociales » parle-t-il des mêmes entreprises ? considère-t-il que tout est dans tout et réciproquement ? Ou qu’une des deux catégories inclut nécessairement l’autre. Mais laquelle ?

Dans la foulée, à Davos, où accourt le gratin de la finance et des grandes entreprises mondiales, le même sujet était à l’ordre du jour, et dans le amalgame. Plusieurs organisations de l’Economie Sociale et Solidaire – et pas des moindres - s’en sont émues. Ainsi, l’Alliance Coopérative Internationale (240 membres dans tous les secteurs de l’économie, regroupant 800 millions de sociétaires dans exprimant pour le moins un doute d communiqué du 24 janvier, « appelle les dirigeants présents à Davos à s’assurer que les nouvelles entreprises sociales pensent à l’humain avant de penser au profit » .

De son coté, la Confédération Générale des SCOP, qui regroupe quelque 2.200 coopératives de production en France, a ainsi justifié sa présence à Strasbourg «L’Europe intègre sous la dénomination d’entreprise sociale à la fois entrepreneurs sociaux et les entreprises de l'ESS. dans toute sa diversité. Les Sociétés coopératives et participatives avaient ainsi toute leur place les 16 et 7 janvier à Strasbourg pour faire entendre la voix du Mouvement coopératif. La finalité sociale est omniprésente dans les débats et élude malheureusement sa complémentaire mode d’entreprendre, la façon de produire ensemble dans une propriété collective. C’est ce message que la CG Scop a porté…. Reste à défendre l’importance fondamentale de l’entrepreneuriat collectif et coopératif !

Est ainsi relancée la question que nous posions, ici même, en février 2010 : ce phénomène que l’on appelle depuis peu « entrepreneuriat social », et qui nous vient d’Amérique, s’inscrit-il dans le périmètre de l’économie sociale ? Celle-ci est-elle soluble dans celui Si l’on considère le ton, souvent vif, adopté par ceux qui tentent de répondre à ces interrogations, l’enjeu paraît d’importance, bien qu’il soit rarement explicité. Et le ton monte au fur et à mes de la promulgation de la loi qui ambitionne, entre autre, de définir le périmètre de l’ESS, pour la rendre plus visible et faciliter son développement, et que des mesures de soutien public, notamment financières, sont annoncées."