Au colloque international de l’AFEP-IIPPE, les chercheurs en économie politique mettent l’ESS à l’honneur

Du 2 au 5 juillet dernier s’est tenu le neuvième congrès de l’Association française d’économie politique (Afep) à Sciences Po-Lille, sur le thème « Penser l’économie de demain et le futur de l’économie politique ». L’Afep fêtait ses dix ans de combat en faveur d’une science économique pluraliste et ouverte aux sciences sociales. Pour marquer l’événement, elle s’est associée à l’International Initiative for the Promotion of Political Economy (IIPPE) afin d’organiser la plus grande rencontre de l’année en économie – et plus largement en sciences sociales – en Europe. Ce congrès a également permis à l’Afep de consolider ses liens avec les autres associations engagées dans des combats similaires : pour la première fois, un colloque international a rassemblé également l’Association des économistes keynésiens (Adek), l’Association for Heterodox Economics (AHE) et l’European Association for Evolutionary Political Economy (EAPE).

Ces rencontres ont été un véritable succès : durant quatre jours de travail (incluant une journée doctorale), elles ont accueilli plus de 800 participants, économistes et chercheuses et chercheurs en sciences sociales, une dizaine de plénières et 160 sessions parallèles.

Associer de manière large les chercheurs travaillant sur l’ESS
Parmi les nombreuses interventions, une large audience a été accordée aux recherches en économie sociale et solidaire (ESS). Un grand nombre de tables rondes ont été organisées sur ces thèmes, dans une perspective interdisciplinaire. À cette occasion, la Chaire en ESS des Hauts-de-France (HDF) a notamment proposé un tour d’horizon des recherches en ESS sur le territoire régional. Ce regroupement d’universitaires, d’acteurs de l’ESS (Apes, Cress, Mutualité française, MGEN, etc.) et de partenaires institutionnels (Conseil régional, Métropole européenne de Lille, notamment) est engagé depuis 2014 dans des projets qui visent à encourager et à valoriser les travaux, les pratiques, les recherches et les formations en économie sociale et solidaire œuvrant à rendre les territoires plus soutenables. À ce titre, l’idée de cette session était d’associer de manière large l’ensemble des chercheurs de la région travaillant sur ce champ et ses problématiques afin qu’ils puissent échanger sur leurs recherches respectives.
Elle a réuni une dizaine de chercheurs de plusieurs disciplines (sociologie, géographie, droit, économie, sciences politiques, etc.), qui sont venus présenter leurs travaux portant sur l’ESS en territoire régional. Le public présent comptait également quelques acteurs et élus locaux. À noter, notamment, les recherches présentées par les juristes du Laboratoire de recherche juridique (Larj) de Boulogne ou l’exposé des travaux sur l’innovation sociale et l’impact social de l’Institut Godin.
Cette table ronde a également permis de réaliser un bilan des évolutions de l’ESS dans la nouvelle région HDF. D’une part, en revenant sur l’histoire longue de ce champ dans les anciens territoires Nord Pas-de-Calais et Picardie. D’autre part, en ciblant les enjeux et les difficultés (notamment financières) que rencontrent les acteurs du secteur à l’heure actuelle.

Étudier la visée politique et transformatrice de l’ESS
C’est la première fois qu’une telle journée permet à l’ensemble des chercheurs régionaux de prendre le temps de présenter leurs travaux sur l’ESS en HDF, au-delà des réunions et des échanges qu’ils peuvent avoir habituellement sur des aspects plus pratiques (appels à projets, formations, etc.). L’enjeu, aujourd’hui, est de savoir comment ce type d’échange pourrait se reproduire à l’occasion. Un temps de discussion, pendant le déjeuner, a permis de tracer quelques perspectives. Rendez-vous est pris pour une journée « Développement durable et ESS » en 2020. Le Réseau interuniversitaire en économie sociale et solidaire (RIUESS) était également présent au congrès. Ses membres ont proposé une session intitulée « L’économie sociale et solidaire, une utopie en actes ? » Deux ateliers étaient organisés. Le premier interrogeait l’évolution contemporaine de l’ESS comme alternative à l’économie marchande et capitaliste. On y a entendu notamment des interventions poursuivies de débats animés sur les communs et le translocalisme, le « délibéralisme », la nécessaire prise en compte de l’État social dans la réflexion sur les contradictions traversant l’ESS, ou encore l’ESS et la guerre. Le second s’est intéressé aux modèles socio-économiques, avec la présentation de travaux sur la gratuité, les modèles socio-économiques des associations et le renouveau du recours aux modèles coopératifs dans le champ culturel ou de la consommation.
Il est à noter, enfin, que quelques communications dans d’autres sessions (autour de l’économie des conventions, de l’entreprise, de la mesure d’impact, etc.) ont également abordé le thème de l’ESS, et plus particulièrement celui des coopératives.

Sylvain Celle, Laurent Gardin et Pierre Robert